| Développement
de la personne

L'enfant
de 18 mois à 3 ans
Par Marie Bérubé, psychologue
Le
bébé de 2 ans est déjà une
petite personne très présente dans la maison.
Depuis qu’il marche, qu’il comprend le sens
de plusieurs mots, il s’aventure de plus en plus
dans un monde qui le fascine en raison des nombreuses
surprises et découvertes qu’il promet. À
2 ans aussi, on commence à exiger de lui qu’il
se plie à certaines règles. L’exemple
le plus commun est l’apprentissage de la propreté
(voir l'encadré plus bas).
À
2 ans, il expérimente avec hardiesse et témérité.
Si l’étape précédente a été
marquée par beaucoup de présence, de tolérance
et de disponibilité, l’enfant est alors prêt
à conquérir son autonomie avec beaucoup
d’assurance et de confiance en lui. Chaque nouvelle
découverte le renforce dans son désir de
grandir et de faire.
En
même temps, la relation avec ses parents se modifie.
Pour le protéger de tous les dangers que sa curiosité
pourrait entraîner, on doit souvent lui opposer
un Non très ferme, déplacer vers les hauteurs
les objets convoités, fermer à clé
certains placards et lui retirer mille et un trésors
si intéressants. À mesure que le bébé
manifeste clairement ce qu’il veut, l’entourage
devient donc plus exigeant. On doit le surveiller davantage
et négocier de plus en plus avec lui.
La
frustration est donc inévitable. Le non qu’on
lui oppose entraîne de gros chagrins et parfois
même des colères spectaculaires... Car l’enfant
comprend maintenant le sens de l’interdiction. Le
langage, le contact verbal s’est ajouté aux
autres façons d’entrer en relation avec lui.
Il se relie donc à l’adulte, non plus seulement
par les soins et la proximité physique, mais aussi
par la communication verbale.
À
2 ans, il commence également à prendre conscience
de son importance ; il s’affirme de plus en plus.
Il imite aussi énormément. Comment se surprendre
alors que, frustré, peiné, il dirige son
agressivité contre celui ou celle qui l’empêche
de s’amuser à sa façon ? Il dit «
non » lui aussi. Il s’oppose, il s’affirme...
Le
bébé est alors beaucoup moins soumis et,
pour ses parents, plus compliqué. Mais quel progrès
extraordinaire pourtant. Il s’individualise ; il
prend la mesure de son pouvoir et de sa volonté
; il devient une petite personne de plus en plus consciente
d’elle-même et de la maîtrise qu’elle
peut utiliser sur les choses ou même les personnes.
ENTRE LA FERMETÉ...
C’est
ici que les parents auront un grand rôle à
jouer pour canaliser toute cette belle énergie
et cette autonomie nouvelle. Car cette dernière
doit aussi s’exprimer autrement que dans l’opposition.
L’estime de soi d’un enfant ne doit pas négliger
l’estime d’autrui, ni la coopération.
L’enjeu qui se joue ici est déterminant pour
l’équilibre futur. Trop de sévérité,
de fermeté, trop tôt, peut entraîner
un contrôle excessif de l’enfant sur lui-même.
On verra alors l’enfant devenir craintif, doutant
de ses capacités, se référant constamment
aux autres et surtout aux adultes pour se sécuriser
et vérifier la validité de tous ses gestes,
Bref, un enfant qui doute de lui, qui n’a aucune
estime de soi et qui se conforme craintivement.
Un
tel enfant sent qu’il n’est rien, qu’il
ne vaut rien sans le regard approbateur de l’adulte.
C’est l’enfant qui prétend et sent
ne pas être capable tout seul et qui deviendra plus
tard un adulte très préoccupé par
le jugement des autres et peu capable de prendre des initiatives.…
... ET LE LAISSER-FAIRE
Par
contre, le « laisser-aller » est tout aussi
néfaste. L’enfant laissé à
lui-même ne peut apprendre à se maîtriser.
« Se sentant abandonné », il cherchera
par tous les moyens à attirer l’attention,
ne serait-ce que pour avoir le sentiment d’exister.
L’attitude indifférente d’un parent
peut entraîner beaucoup d’agressivité
chez l’enfant. Il se sent mauvais et il le montre.
Pour lui, le « laisser-faire » est un signe
d’indifférence, de non-amour. Il a le sentiment
de ne valoir rien. Alors, par son comportement inadapté,
il nous indique qu’il cherche un encadrement quelconque,
une preuve qu’on l’aime assez pour se préoccuper
de lui.
Un
tel enfant, si la situation n’est pas corrigée
très tôt, ne peut acquérir la capacité
de se contrôler lui-même, de se maîtriser.
Adulte, il ne pourra pas non plus se prendre en charge
; il se méfiera des autres et aura peu ou pas confiance
en lui-même.
LA VERTU EST AU MILIEU
Cette
étape est donc très importante pour l’enfant.
De l’attitude des parents dépendent l’adaptation
future de l’enfant et sa préparation pour
les prochaines étapes. Et cette attitude doit être
faite à la fois de fermeté et de tolérance.
C’est de ce mélange qu’est faite la
véritable autonomie, la maîtrise de soi.
L’enfant pourra ainsi développer ces deux
attitudes envers lui-même et envers les autres.
Il pourra acquérir cette sorte de liberté
intérieure qui permet d’affronter le monde
avec souplesse et confiance. L’identité future
prend racine et s’édifie sur la maîtrise
et non sur le doute de soi. L’enfant sent qu’il
a les capacités pour agir sur son milieu, tout
comme il peut admettre qu’il ne peut tout comprendre.
Il
conviendra donc parfois de tolérer. Parfois on
devra obtenir sa collaboration plutôt que de le
forcer. Car employer la force, lui faire honte, sont des
attitudes destructrices et irrespectueuses. Pourquoi vouloir
soumettre l’enfant à tout prix ? Souvent
le parent qui s’entête à « casser
» le caractère d’un bébé
est un adulte qui n’a pas réglé son
propre problème d’identité et se sent
menacé par la volonté d’un enfant.
Alors,
pourquoi, parfois, ne pas céder à l’enfant,
ne pas éviter de le confronter, pourquoi ne pas
ruser un peu avec lui, pour obtenir sa collaboration ?
Une personne doit-elle toujours dire oui, acquiescer servilement,
se soumettre ? Un enfant est une personne.
Il est très possible et très indiqué
parfois de respecter sa volonté, de ménager
sa fierté et de lui permettre de s’affirmer
et de ne pas douter de lui-même.
|
|
|
 |
|
|
L’apprentissage
de la propreté
C’est
autour de la deuxième année qu’un
enfant peut être entraîné à
la propreté. L’attitude du parent est,
ici aussi, de toute première importance.
Beaucoup de jeunes parents tentent de conditionner
trop tôt leur bébé à
la propreté. Ils sont trop pressés.
Le contrôle volontaire des sphincters n’est
possible seulement que lorsque le système
nerveux a atteint une certaine maturité fonctionnelle
(ce qui arrive entre 18 mois et 2 ans). Avant
ce moment, l’enfant ne peut pas agir volontairement
sur la rétention ou l’élimination.
Intervenir
trop tôt peut donc dégénérer
dans une lutte éprouvante, pour le parent
comme pour le bébé, et ce qui est
plus grave, cette attitude peut renforcer le refus
de se conformer à cet âge où,
comme nous l’avons vu, le bébé
cherche à affirmer sa volonté en s’opposant.
Si
la propreté est obtenue par la force, la
peur, le conflit ne sera pas vraiment réglé.
Lors de la venue d’un autre enfant, par exemple,
l’aîné pourra redevenir «
sale ». Ou encore, son opposition se manifestera
par une constipation chronique, avec peur ou refus
d’aller à la toilette.
Il
est important de comprendre ce qui se passe pour
le bébé. Pour lui, être propre
est contraignant. Il ne comprend pas toujours ce
qu’on attend de lui. Alors que jusqu’à
mainte nant, les changements de couches ont toujours
été associés à des moments
privilégiés et agréables, voilà
qu’on lui signifie que la couche n’est
plus l’endroit où il faut se laisser
aller. Voilà qu’on l’immobilise
sur un siège, l’empêchant de
jouer et de bouger.
Rares
sont les enfants qui deviennent propres d’eux-mêmes.
Mais il faut avoir la patience d’attendre
qu’il soit physiquement et psychologiquement
prêt. Il faut, pour intervenir, qu’il
ait eu la chance et le temps d’éprouver
les sensations physiques asso-ciées à
l’acte d’uriner et de déféquer.
Il faut qu’on lui permette de voir, chez lui
comme chez les autres, ce qui se passe : le laisser
nu, le laisser voir faire un autre pour qu’il
puisse plus facilement imiter.
Il
ne faut pas l’inciter à la propreté
par commodité, dégoût ou respect
des convenances. Il est préférable
de l’aider en le rendant fier de sa maîtrise,
de le féliciter, augmentant ainsi son estime
de lui-même. Avec sa collaboration, l’apprentissage
de la propreté ne prendra que quelques jours.
L’attitude parentale idéale en est
une de fermeté en visant surtout l’obtention
de la collaboration de l’enfant, mais d’une
façon souple et chaleureuse, acceptant des
oublis.Le
bébé sera fier de grandir si on l’y
encourage avec compréhension.
Finalement,
la propreté la nuit s’obtient de la
même manière. Si le soir, l’enfant
va au lit avec une couche, il saisit très
bien que vous ne lui faites pas confiance. Et, il
y a très longtemps qu’il sait à
quoi servent les couches... Nous avons ici un très
bel exemple d’un double message... |
|
| |
|
 |
CONSEILS POUR LA RÉUSSITE DE CETTE ÉTAPE
Évitez
la punition physique.
Elle
n’apprend rien à l’enfant. Si, à
la limite, une petite tape peut faire comprendre le sens
du Non, si ce moyen inadéquat est trop fréquent,
il peut, à long terme, inciter l’enfant à
la violence par imitation. Et surtout, il peut entraîner
l’inhibition, la crainte et, très souvent,
la rébellion. Il y a d’ailleurs des alternatives
à la punition, sujet sur lequel nous reviendrons
dans un autre article.
N’utilisez
l’autorité qu’en des occasions sérieuses.
Si
vous êtes souple et flexible la majorité
du temps, votre enfant respectera d’autant plus
facilement les limites que vous lui imposez pour ce qui
touche à vos valeurs importantes.
Soyez
attentif au rythme de développement propre à
votre enfant.
Les
livres donnent une idée du développement
et de ses étapes, mais aucun enfant ne peut se
réduire à une statistique.
Retenez
enfin que les craintes des parents peuvent parfois entraver
le développement. Veillez à ce que son environnement
soit sécuritaire et laissez-le expérimenter
par lui-même. On apprend de ses erreurs, tout comme
de ses réussites.
CONCLUSION
Comme
on peut le constater, un enfant de 2 ou 3 ans exige des
parents davantage qu’un nourrisson. C’est
à cet âge qu’il faut mettre des balises.
Car n’oublions pas ; un enfant naît roi. Il
nous appartient de lui faire réintégrer
le monde des humains ordinaires par nos interventions
éclairées.

|