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Développement de la personne

Par Marie Bérubé, psychologue

Durant ses premières années, l’enfant a développé différentes habiletés, qui l’ont préparé, de façon immédiate, à une nouvelle étape très importante et directement liée à son avenir : la période scolaire. Il est maintenant, si tout s’est bien passé, prêt à relever de nouveaux défis : apprendre, travailler, se prendre en charge. Il a appris, depuis sa naissance, ce qu’il aime, ce qu’il veut, et ce qu’il imagine qu’il sera plus tard. La présence aimante et compréhensive de ses parents lui a permis de développer un sentiment de sécurité. Leurs encouragements l’ont aidé à maîtriser sa motricité et son langage. Leur fermeté relative lui a appris à contrôler ses pulsions, à tolérer la frustration et à se soumettre aux règles qui régissent la vie en famille. Le jeu, quant à lui, a contribué à raffermir ses liens avec les autres, à comprendre le sens des relations et à ouvrir ses yeux sur un univers plein de ressources et d’aspects à découvrir.

Dégagé des préoccupations de sa petite enfance et connaissant mieux ses forces et ses limites, il aspire maintenant à produire. Son intelligence s’est développée pour lui permettre de résoudre des problèmes plus grands et ses questions n’ont pas de limite.

L’entrée à l’école constitue une expérience importante, décisive et complexe pour un enfant même s’il est préparé.

Certains enfants éprouveront sans doute plus de difficultés à cette nouvelle adaptation, car ainsi que nous venons de le rappeler, il semble que certains préalables soient essentiels. Les enfants surprotégés, ceux à qui on aura refusé l’effort, la peine, la peur, l’amour ou les cadres, risquent d’éprouver panique et paralysie devant l’énormité du gouffre à franchir. De même les enfants traumatisés par une discipline excessive ne pourront pas s’ouvrir avec intérêt et curiosité à ces autres bourreaux que deviennent pour eux tous les adultes. Les premières expériences, l’attachement, un développement harmonieux permettent la plupart du temps de prédire la réussite (note 1).

Cependant, et malgré les meilleures conditions, il ne faut pas oublier que l’entrée à l’école constitue une expérience importante, décisive et complexe pour un enfant même s’il est préparé. Cela suppose en effet la capacité de délaisser le jeu pour le travail, celle de quitter la maison plusieurs heures chaque jour, de faire confiance et de s’attacher à d’autres adultes, de se soumettre à des normes de groupe, de porter attention, de se concentrer, et d’appliquer de nouveaux apprentissages. Aussi grande que soit sa confiance en lui, l’enfant a besoin de soutien, de l’intérêt de ses parents pour la chose scolaire, de leur aide très concrète et de la valorisation de ses efforts (même si parfois le rendement n’est pas à la mesure des désirs légitimes ou démesurés des parents).

Malheureusement, l’école n’est pas toujours non plus à la hauteur du potentiel unique de chaque enfant, lequel peut s’exprimer autrement que dans l’épellation et les soustractions. Chaque enfant, de plus, a une approche du réel qui lui est propre (il est auditif ou visuel) qui ne correspond pas toujours à la pédagogie ou à la méthode privilégiée par le professeur. En tant que parent, vous devez avoir des attentes réalistes et surtout des attitudes renforçantes ; être vigilant et admettre les capacités et l’unicité de votre enfant. Trop de parents veulent modeler leur enfant selon leurs propres désirs ou combler des regrets chez eux. (On observe cette triste réalité dans le cas des enfants poussés, forcés parfois à apprendre une discipline extra-scolaire comme la danse, la musique ou un sport).

De plus en plus, on peut observer du stress chez nos enfants qui ne sont pas encouragés mais surstimulés. Si l’enfant d’âge scolaire nous apparaît plus solide, sûr de lui, de plus en plus capable d’organiser son temps et de se prendre en charge, il n’en reste pas moins très sensible à l’intérêt qu’on lui porte et à ses propres limites énergétiques. Il a droit au succès quelles que soient ses ressources ou son tempérament.

La période scolaire est pour beaucoup de psychologues une phase relativement calme, où l’enfant consacre de l’énergie et de la disponibilité mentale au travail. Mais cela n’est possible qu’avec un certain équilibre partout. Bien manger, bien dormir, jouer, faire de l’exercice créent de bonnes conditions à l’écoute et à l’énergie nécessaire. Apprendre à entrer en relation avec les adultes et les pairs nécessite également des efforts.

Le développement social s’est amorcé dans la famille, mais maintenant l’enfant découvre des amis à l’extérieur. Les affinités se manifestent, son monde s’élargit. Cela nécessitera parfois d’ouvrir grandes les portes de la maison, et d’autres fois de le laisser aller. S’il semble s’éloigner un peu, c’est qu’il édifie de nouvelles habiletés, et s’insère de plus en plus dans un univers dans lequel il devra tôt ou tard évoluer. Il est important de lui faire confiance et de laisser aller l’enfant, tout en lui offrant une présence et une disponibilité qui lui sont nécessaires même s’il manifeste de plus en plus d’autonomie. Il se prépare à l’adolescence qui sera sans doute plus tumultueuse, mais qui lui permettra de trouver et d’affirmer son identité.

Même si elle semble plus tranquille, la période des premières années d’école représente le terrain où l’enfant se valorise lui-même de plus en plus par ce qu’il fait, où il apprend à en être fier, et a constamment à essayer de nouveaux apprentissages.

Notes

1. Pour mieux approfondir le rôle des parents par rapport au développement affectif de l’enfant de 0 à 6 ans, nous référons le lecteur aux articles précédents de Marie Bérubé disponibles sur notre site Internet.

2. Voir aussi Les enfants, le stress et la rentrée scolaire.

 
 

 

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