| Éducation
Les alternatives à la punition
Par
Marie Bérubé, psychologue.
«Attends que ton
père revienne... Il va te corriger comme tu le
mérites !»
«Ce soir tu vas
te passer de dessert !»
«Va réfléchir
dans ta chambre !»
«Pas de
sortie pour toi en fin de semaine !»
Qui de nous ne se rappelle avoir entendu cela ou l'avoir proféré à sa progéniture ? Quel parent n'a pas un jour été confronté à un comportement indésirable chez son enfant ? Quel que soit son âge, l'enfant, à un moment ou à un autre, rencontre un jour notre limite. À la naissance, il ne connaît ni le bien ni le mal, notions qui sont d'ailleurs fort relatives, et n'est en possession d'aucun système de valeur. Quant à nous, parents, nos attentes sont très diverses. C'est toujours animés des meilleures intentions qu'au départ nous tentons de nous ajuster et d'inculquer à nos enfants un code de conduite auquel nous croyons.
Malheureusement, certains enfants n'ont un contact avec leurs parents que lorsqu'ils agissent mal.
De nombreux systèmes de valeur
Le métier de parent est celui auquel nous sommes le moins bien préparés. Rares sont les adultes qui ont suivi un cours de psychologie de l'enfant et, si cela est, un cours vraiment pratique et concret qui couvre des situations éducatives bien réelles qui se présentent quotidiennement. La plupart du temps, le seul bagage que nous possédons est le souvenir ou l'effet de notre propre éducation, ce qui peut représenter deux situations : nous répétons le système dans lequel nous avons été élevés ou au contraire, par réaction et/ou insatisfaction nous essayons de combler les lacunes dont nous avons souffert. Mais quels sont au juste les véritables besoins de l'enfant et la meilleure façon d'intervenir ? Tôt ou tard, nous sommes mis en face de la réalité et de notre ignorance.
Car, c'est par ignorance la plupart du temps que nos interventions sont néfastes. La plupart des parents sont animés d'un désir sincère d'agir pour le bien de l'enfant. Mais leurs motivations inconscientes leur échappent presque toujours. La grande variété des systèmes de valeurs auxquels nous nous référons est étonnante. Écoutons plutôt :
«Il ne faut pas
traumatiser un enfant.»
«Moi, j'ai été
élevé sévèrement et je ne
m'en porte pas plus mal.»
«Je vais le dompter.»
«Je vais lui casser
son petit caractère.»
«Il faut laisser
l'enfant se développer harmonieusement sans trop
intervenir.»
Où est le juste milieu, s'il existe ? Un enfant non encadré se sent souvent seul, non aimé, perdu, et il réagira en cherchant la limite que ses parents ne lui donnent pas. Un enfant trop encadré se sentira étouffé, souffrira de stress et de nervosité et réagira par des troubles de comportement. Il y a une différence entre fermeté et contrôle. Et la souplesse, la compréhension et l'indulgence sont aussi le langage de l'amour.
La punition : l'arme secrète des parents
L'intervention parentale dans l'éducation des enfants est un problème délicat. C'est par ignorance, je le répète, que les adultes réagissent impulsivement et trop souvent négativement. Trois raisons font de la punition l'arme secrète et toute-puissante des adultes face aux comportements ou attitudes indésirables des enfants.
La première, c'est
souvent parce qu'ils ne connaissent pas autre chose. Nous
verrons un peu plus loin au moins quatre méthodes
alternatives à la punition traditionnelle.
La seconde, plus subtile, rejoint leur propre agressivité qu'ils ont de la difficulté à maîtriser. Ils exercent ainsi un pouvoir, mais sur un être plus faible. D'ailleurs, la plupart des parents cessent à un moment d'utiliser ces méthodes dès que l'enfant atteint la taille, la force ou la capacité de riposter. Étrange, n'est-ce pas ?
La troisième raison
est l'efficacité provisoire, mais très temporaire,
des méthodes punitives, sans tenir compte évidemment
des cicatrices qu'elles ne manquent pas de laisser et
de l'endurcissement qu'elles ne manquent pas non plus
de provoquer.
Les effets secondaires de la punition
Voyons pourquoi les punitions ne sont pas recommandées, ni pour les enfants, ni pour les parents.
Il y a plusieurs façons de punir et nous les connaissons toutes pour les avoir expérimentées et subies. La plupart des punitions revêtent un caractère physique ou mental : taper, frapper, faire mal, insulter, humilier un enfant, surtout devant d'autres personnes. D'autres punitions visent plutôt à retirer un droit, un privilège ou un bien : refuser une sortie, enfermer dans sa chambre, priver de dessert, de télévision, de la présence d'amis(es), etc.
À la longue, la punition
peut être dangereuse psychologiquement. Il arrive
parfois même qu'elle agisse comme un renforcement,
provoquant par le fait même l'effet contraire de
celui recherché. Dans ce cas, l'enfant fait souvent
exprès de se faire punir parce qu'il attire de
cette façon l'attention sur lui, l'attention de
son parent, professeur ou même celle d'éventuels
spectateurs (par exemple, lorsqu'on place un enfant turbulent
en avant de la classe). Il apprend alors comment se faire
remarquer en utilisant un moyen inapproprié. Malheureusement,
certains enfants n'ont un contact avec leurs parents ou
leurs professeurs que lorsqu'ils agissent mal. Les bons
comportements ne sont chez eux jamais remarqués
ou soulignés. Par exemple, les enfants qui aiment
être de petites vedettes cherchent souvent
par ce moyen à attirer l'attention et ils y réussissent.
Les punitions peuvent également entraîner chez d'autres enfants une peur maladive et une anxiété marquées. Elles s'exprimeront par de l'agitation, des insomnies, du retrait, des troubles de l'appétit ou un comportement inadéquat à l'école ou à la maison. L'enfant agira parfois sans réfléchir, parce qu'il est trop stressé, provoquant ainsi d'autres punitions, s'enfermant dans un cercle sans fin qui pourra le conduire dans des états névrotiques graves, puisqu'il ne peut s'y soustraire.
D'autres enfants réagiront
en s'endurcissant.Ça ne me fait même
pas mal ! est le discours de ceux qui crânent
parce qu'ils sont fiers et n'acceptent pas d'être
dominés. Ces enfants développeront beaucoup
d'agressivité. D'ailleurs, voir le parent perdre
patience ou être hors de lui revêt souvent
pour eux un caractère de victoire.
Tous les enfants, par leur comportement, essaient de se soustraire à la punition, soit en résistant, en se sauvant, en criant ou encore en devenant apathiques et en feignant l'insensibilité (ce qui peut provoquer l'adulte encore plus).
Tous les enfants également cherchent à éviter leur tourmenteur et éviteront sa compagnie, préférant les activités à l'extérieur de la maison. Ils sont profondément ambivalents et vivent de graves confits intérieurs par rapport à l'amour, conflits qui génèrent beaucoup de culpabilité car tous les enfants souhaitent aimer leurs parents et souffrent silencieusement de ressentir de la haine, de l'indifférence. Tous se sentent inadéquats et mal-aimés.
Quant aux parents, lorsqu'ils
exercent leur rôle de punisseurs, ils peuvent ressentir
plusieurs émotions. Dans la punition classique,
très souvent l'adulte s'arrête lorsqu'il
est vidé, et pas nécessairement quand l'enfant
a compris. Lorsque le parent cesse de frapper ou lève
la punition, l'enfant est parfois dans un état
de rage extérieure ou intérieure avancée.
Et c'est cet état qui est alors récompensé,
puisque c'est à ce moment que la frustration cesse.
Beaucoup d'adultes vivent un malaise teinté de culpabilité lorsqu'ils se sont ainsi laissé aller à leur colère. D'autres sont plus en contact avec le défoulement personnel que cela leur aura permis de vivre. Et d'autres enfin, malheureusement, ne se remettent jamais en question dans leur rôle de tourmenteur. Ce sont ces derniers et leurs enfants qui seront les plus difficiles à aider.
La souplesse, la compréhension et l'indulgence sont aussi le langage de l'amour.
Entre punir et laisser faire
Le quotidien de la vie de parent avec des enfants ou des adolescents est rempli de situations qui ont le don de faire déborder le vase et de mettre sa patience à l'épreuve. Faute de mieux, le recours à la punition autoritaire est souvent la seule arme. Malheureusement, son effet principal est aléatoire et de courte durée et ses effets secondaires peuvent être fort dommageables pour un enfant et surtout pour la relation entre lui et ses parents.
Entre la punition et le laisser-faire, il y a place pour des réactions qui transformeront ces événements en situations éducatives et formatrices. Quelles sont-elles ?
Voici 4 scénarios de vie parmi d'autres que tout parent est susceptible de rencontrer un jour et qui vous permettront de les identifier. Mais d'abord, voyez comment vous y réagiriez.
Scénario no 1
Julien refuse toute nourriture, sauf une tranche de pain avec du fromage et ce, matin, midi et soir.
a) Vous le forcez
à avaler les autres aliments composant son repas;
b) Vous le menacez de le priver de dessert;
c) Vous essayez de le convaincre par des arguments
logiques;
d) Vous lui dites de sortir de table et l'envoyez
dans sa chambre;
e) Vous ne lui donnez plus que des tartines au fromage et cessez toute argumentation.
Lorsqu'un comportement n'est pas trop dommageable pour un enfant ou son entourage, il est nettement préférable de laisser ce comportement suivre son cours, même si parfois, à nos yeux il est inadmissible sans être vraiment mauvais. C'est ce qu'on nomme le principe de satiété . En fait, il s'agit de miser sur les ressources de l'enfant.
Dans le cas précis du comportement cité plus haut, il y a fort à parier que l'enfant se fatiguera assez rapidement des tartines et commencera à regarder avec envie les assiettes colorées des autres, surtout si on ne lui en offre même pas. Les résultats seront bien sûr progressifs, mais peu à peu, ses goûts risquent de s'étendre, d'autant plus qu'il n'y aura pas de caractère obligatoire. Peu à peu, ne se sentant pas contraint, il goûtera par lui-même et, aidé par les résultats positifs de ses expériences, s'aventurera un peu plus.
Les heures de repas ne devraient
jamais être des batailles éprouvantes pour
les parents comme pour les enfants, car ces combats sont
très souvent à l'origine, d'une certaine
façon, des troubles alimentaires chez l'enfant
et l'adolescent (maux de ventre, nausées soudaines,
boulimie, anorexie, etc.).
Dans certains cas, on peut non seulement permettre un tel comportement, mais parfois même insister pour qu'il se produise. Par exemple, le chahut en classe cessera d'autant plus rapidement que le professeur exigera qu'on continue de lancer des boulettes, d'agiter les bras en l'air ou de parler, jusqu'à ce que les élèves demandent eux-mêmes que la classe se poursuive.
Cette attitude est utile lorsque le comportement n'est pas trop mauvais ni dangereux (par exemple, les cheveux longs ou mal coiffés), lorsqu'il est souhaitable que l'enfant se rende compte par lui-même des conséquences de ses actes (ne pas ranger ses effets scolaires) ou qu'on l'aide à reconnaître ses erreurs (ne jamais se laver).
Par contre, il vaut mieux
se servir d'une autre méthode si le comportement
peut être nocif (par exemple, battre un autre enfant,
jouer avec le feu) ou lorsque le comportement répété
est différent de celui qu'on souhaite voir cesser.
Par exemple, on ne devrait jamais donner de copies à
faire à un enfant parce qu'il a parlé en
classe. On ne parviendra qu'à le dégoûter
de l'écriture et du français. Il vaudrait
beaucoup mieux le contraindre à chuchoter pendant
une période de temps, sans bien sûr le ridiculiser.
Scénario no 2
Mélanie pique une crise de nerfs spectaculaire, perd le souffle dans un magasin parce que vous ne lui achetez pas un jouet convoité.
a) Vous lui faites
clairement savoir que vous être fâchée
de son comportement et lui administrez une bonne tape
sur les fesses;
b) Gênée, vous vous empressez d'acheter
le jouet mais lui promettez une bonne correction à
la maison;
c) Vous vous lancez dans une explication raisonnable
et vous tentez de la réconforter physiquement;
d) Vous affichez une superbe indifférence
et continuez de vaquer à vos achats;
e) Vous la menacez de vous en aller et lui dites Au revoir !;
f) Non seulement vous ne lui achetez pas le jouet, mais vous ne lui achetez pas non plus le jus que vous lui aviez promis.
Si vous désirez qu'un enfant cesse de se comporter de façon négative, il est préférable qu'il ne retire aucune forme d'attention (ni positive, ni négative). Il s'agit ici du principe d'extinction dans lequel on élimine ce qui est perçu comme une récompense. Toute marque d'attention est une récompense pour la plupart des gens et des enfants. La bonne attitude est donc de refuser toute espèce d'attention. Il en va de même lorsqu'un enfant se fait crier des noms : la meilleure arme demeure l'indifférence.
Chez les enfants qui aiment attirer l'attention, tout comportement qui n'est pas remarqué a tendance à disparaître. Cette attitude est particulièrement indiquée et a de bonnes chances d'être couronnée de succès quand le comportement de l'enfant n'est pas particulièrement menaçant, par exemple, les crises de rage.
Il va sans dire qu'on ne laisse par crier un nouveau-né. Ce dernier n'a pas d'autres façons de demander de l'aide. Cependant, en grandissant, l'enfant doit trouver d'autres façons d'attirer notre attention : le langage en est une, la bonne conduite aussi. Il ne faut pas attendre trop tard pour le faire. Vers l'âge de 18 mois, le bébé est prêt à accepter certaines contraintes. Il ne faut pas s'inquiéter, aucun enfant n'est encore mort d'une crise de nerfs, de s'être frappé de rage la tête par terre, de s'être tiré les cheveux ou mordu lui-même.
Une condition cependant peut faire toute la différence : tous les adultes qui ont à intervenir auprès d'un enfant doivent adopter la même conduite. En effet, l'enfant sera vraisemblablement mêlé, si son père et sa mère ont des comportements tout à fait opposés. L'enfant est très futé et perçoit la difficulté que peut avoir l'un d'eux à tenir le coup (à retenir son fou rire, par exemple, devant des jurons).
On utilise parfois le principe d'extinction sans le savoir, comme dans le cas où on néglige d'encourager les efforts d'un enfant, que ce soit pour faire son lit, parler en public, réussir un examen ou nous aider. Il s'agit de cas où porter attention peut contribuer à renforcer les bons comportements.
Utiliser le principe d'extinction ne doit pas se faire sans compréhension. L'enfant doit sentir qu'on le comprend, mais qu'il ne gagnera rien par ses mauvaises manières.
Il faut enfin faire la différence entre ne pas donner de récompense ou d'attention et enlever une récompense qui avait déjà été accordée (réponse F), ce qui constitue une punition et n'est pas à recommander.
Scénario no 3
Aussitôt que vous avez le dos tourné, Robert circule dans la cuisine avec ses bottes pleines de terre.
a) Vous lui répétez
une fois de plus qu'il vous considère comme la
servante de la maison et le gratifiez d'un sermon qu'il
a bien mérité;
b) Excédée, vous l'envoyez réfléchir
dans sa chambre et le privez ainsi de son émission
de télévision préférée;
c) Vous lui promettez une bonne punition au retour
de son père;
d) Vous lui dites, sans élever la voix,
que vous allez lui enseigner la tâche de nettoyer
le plancher immédiatement et vous lui montrez
comment bien le faire.
Vous avez sans doute deviné qu'il ne s'agit pas ici de laisser l'enfant salir encore plus le parquet de la cuisine (principe de satiété), non plus que d'attendre que le comportement cesse de lui-même en n'y accordant aucune attention (principe d'extinction).
Le principe des comportements incompatibles consiste à récompenser l'action qui est juste le contraire de celle qu'on veut voir disparaître (laver le plancher dans un premier temps, s'essuyer les pieds plus tard). Des comportements comme jeter ses déchets partout, laisser traîner ses jouets ou ses vêtements, flâner dans les rues, déranger en classe, ne pas aider à la maison, peuvent être corrigés aussi de cette façon. La question pour le parent est de trouver un comportement alternatif valable et qui ne s'accorde d'aucune façon avec celui qui doit disparaître et de le présenter de façon positive. Cette façon de faire permet de « responsabiliser » les enfants, de les guider dans les conduites acceptables.
Aussitôt que se manifeste
le bon comportement, il ne faut cependant pas manquer
de le récompenser. «Par exemple, on doit
récompenser les enfants qui s'amusent ensemble
au lieu de se battre, ceux qui sont propres alors qu'il
leur serait facile d'être désordonnés
et ceux qui disent la vérité au lieu de
mentir et d'étirer la vérité.»
(note 1)
Donner aux enfants des responsabilités, les récompenser s'il s'en acquittent, s'exercer à de nouveaux comportements, en faire l'apprentissage par des jeux de rôles (se pratiquer par exemple à refuser une cigarette, un joint, etc.), voilà autant de façons d'apprendre à régulariser un comportement.
Il est important également de retenir qu'un comportement alternatif (dire la vérité par exemple, par rapport à mentir) ne devrait jamais entraîner des conséquences négatives. Certes, il faut aider l'enfant à trouver un moyen de réparer ses torts, de façon responsable et en proportion du dommage causé à autrui, mais je jamais invalider la franchise, car, à ce moment, on laisse entendre que c'est le mensonge qui sera récompensé.
En terminant, il faut se rappeler que lorsqu'on applique ce principe, il ne faut pas que l'activité proposée à l'enfant récompense son agressivité. Distraire l'attention et s'occuper activement d'un tout-petit qui démolit les jouets des autres, s'attaque aux autres enfants et se conduit comme une petite peste, peut en effet augmenter l'agressivité, car il a alors découvert un moyen d'obtenir cajoleries ou traitement particulier. Dans un cas comme celui-là, il faudrait peut-être, avant d'envisager la punition qu'on est tous tentés d'employer, appliquer le principe du renforcement négatif que nous allons maintenant expliquer.
Scénario no 4
Vous arrivez de votre travail
ou de faire des courses. Stéphanie rentre de l'école
affamée. Le repas n'est pas encore prêt.
Elle s'écrie : «Mais pourquoi t'as
pas fait le souper ? C'est ton boulot, après
tout.»
a) Vous éclatez :
«Espèce d'impolie, tu te passeras de
repas, va-t'en dans ta chambre, disparais...»
b) Vous la giflez et lui faites clairement comprendre
que son langage est inacceptable;
c) Vous lui remettez votre tablier et sortez de la
maison;
d) Vous lui dites calmement d'aller réfléchir un peu et de revenir lors-qu'elle se sentira capable de vous parler poliment.
Quand un enfant manifeste une conduite franchement inacceptable, s'en prend physiquement à d'autres, fait la sourde oreille aux avertissements, néglige ses responsabilités scolaires, refuse de partager, ne rentre pas à l'heure, etc., le principe du renforcement négatif (réponse d) peut souvent être utilisé avec succès. En fait, il s'agit de créer les conditions pour que l'enfant puisse de lui-même faire cesser une situation intenable, en changeant ou en améliorant son comportement, plutôt que ce soit le parent qui décide à sa place.
Malgré ses ressemblances apparentes avec la punition, le renforcement négatif en est très différent. Dans ce cas, les dispositions et l'humeur de l'enfant auront vraiment changé, puisque c'est lui qui aura décidé de s'amender et du moment pour le faire (la durée n'a aucune importance).
De plus, l'enfant sait exactement ce qu'on attend de lui, quelle conduite il doit maintenant adopter. Ce que nous devons retenir, c'est de laisser à l'enfant le contrôle sur la situation aversive (désagréable pour lui). Cette situation, si possible, devrait convenir à la conduite que l'on désire modifier. Par exemple, aller jouer quand toutes les bonnes réponses au devoir de mathématiques auront été bien rédigées, laver soi-même sa culotte si on la souille et qu'il n'y a aucune raison physique à l'énurésie, aller à pied à l'école tant et aussi longtemps qu'on oublie de ranger sa bicyclette, etc.
Chaque enfant réagira différemment. Il faudra tenir compte de sa personnalité, car ce qui est aversif (désagréable) pour l'un, ne l'est pas nécessairement pour l'autre.
Dans tous les cas, il convient
de présenter la situation aversive, calmement,
posément et de façon positive. Il est aussi
conseillé d'avertir à l'avance et d'agir
le cas échéant, c'est-à-dire de tenir
parole. Bluffer, faire des menaces qu'on n'exécutera
pas, ne devrait jamais être fait. L'enfant peut
y voir une atteinte à sa sécurité,
même une forme de cruauté (à la garderie
ou au magasin, menacer son enfant en disant : «Si
tu ne viens pas tout de suite, papa va te laisser ici ! ») si cela réussit ou, dans le cas contraire,
apprendre que vous ne faites que parler et que vous n'êtes
vraiment pas à craindre.
Comme nous l'avons vu précédemment,
la punition elle-même devrait toujours être
évitée. Il est évident que parfois,
on devra s'en servir. Par exemple, une petite tape sur
la main, accompagnée d'un Non ! expressif,
pourra enseigner en un seul essai à l'enfant à
ne pas toucher à un élément de cuisinière
brûlant. Par contre, lui faire aussi effleurer doucement
votre tasse de café ou de tisane lui apprendra
la signification de chaud et de brûler
en évitant sans doute beaucoup de dangers futurs.
Il faut toujours agir avec
jugement, discernement, et se fier à ses croyances
propres. « La meilleure façon d'aider
l'enfant à cesser de se comporter d'une façon
inappropriée est de trouver un moyen de récompenser
quelque autre comportement qui soit incompatible avec
le premier.» (note 2)
Toute promesse non tenue est une punition, toute menace non exécutée est une récompense.
Les quelques techniques énoncées ici sont des outils précieux, qui peuvent nous aider à réfléchir et aussi à agir quand nous sommes pris dans le feu de l'action. L'enfant ne lassera jamais de nous surprendre, parfois de nous peiner et souvent de nous désarçonner. À nous de réagir pour le mieux, pour lui et aussi pour nous.
Notes
Note 1. Krumboltz,
J.D. et H. Brandhorst Krumboltz (1975). Comment intervenir
auprès des enfants. Éditions Saint-Yves.
Québec. 254 pages.
Note 2. Krumboltz,
op. cit. |