| Stress

Comment
faciliter le retour d'un collègue
Marie
Bérubé, psychologue
Nous avons vu, dans un autre
article, quelques conditions gagnantes pour favoriser
son retour au travail après un burn-out ou une
dépression. Nous nous attarderons maintenant sur
le rôle que peuvent jouer la direction et les collègues
de travail pour faciliter ce retour.
La dépression est une maladie réelle et
près de 20% de la population en a souffert ou en
souffrira au cours de sa vie. On peut en guérir
de façon définitive si l’intervention
est efficace. Connaître, comprendre et intervenir
sont les clés d’un traitement réussi,
mais tout cela doit dépasser le cadre du bureau
d’un professionnel de l’aide et se matérialiser
également dans le milieu du travail.
Or,
revenir au travail après un congé de longue
durée n’est pas sans générer
beaucoup d’anxiété chez la plupart
de ceux et celles qui ont souffert de dépression
ou de burn-out. Et accueillir de nouveau un collègue
qui a été absent longtemps peut aussi être
troublant. Les problèmes psychologiques sont complexes
et perçus trop souvent comme des signes de faiblesse
et comme moins réels qu’une maladie physique,
tel un infarctus ou un cancer. On jette souvent un regard
soupçonneux sur les causes réelles d’une
dépression ou d’un burn-out, en les reliant
à des conditions plus personnelles que professionnelles.
Toute
maladie, qu’elle soit physique ou psychologique,
est reliée à un ensemble de causes. Elle
est toujours multifactorielle, puisque tous les aspects
de notre vie sont interreliés. De plus, chaque
individu est différent des autres; il n’a
pas la même histoire personnelle, la même
hérédité ni la même résistance
au stress. Au travail comme tel, tous les employés
n’ont pas la même charge de travail ni les
mêmes responsabilités et le climat relationnel,
s’il est malsain, peut affecter davantage certaines
personnes. Si le milieu de travail est la source de la
dépression, on peut comprendre qu’un retour
prématuré ou non préparé sera
voué à l’échec.
La
part de la direction
Dès
qu’une absence se prolonge au-delà de 6 à
12 mois, on risque la désinsertion sociale. Pour
l’éviter, il faut donc agir à plusieurs
niveaux. D’abord quelques suggestions pour la direction.
- L’information
doit être accessible, mais aussi la prévention.
Plusieurs moyens permettent d’outiller les travailleurs
pour faire tomber les préjugés, les aider
à mieux gérer le stress et à préserver
leur équilibre, que ce soit des textes, des conférences
et des formations sur le mieux-être, par exemple.
- Tout
doit être mis en œuvre pour favoriser la
communication et un climat de travail optimal. Lorsque
les gestionnaires réalisent le poids financier
et humain des congés de longue durée,
ils sont davantage motivés à agir pour
supporter leurs employés. Ils manifesteront même
parfois plus d’ouverture pour modifier certains
aspects de l’organisation du travail. Devant la
réalité de la maladie et du retour au
travail, ils doivent être ouverts à des
mesures telles que l’aménagement d’une
transition pour la personne qui revient, le reclassement
éventuel ou le retour progressif.
- Les
gestionnaires doivent prendre en considération
les graves problèmes que constituent le harcèlement
psychologique et sexuel, la violence et même la
surcharge de travail et leur apporter des mesures curatives,
plutôt que de laisser perdurer ces situations
qui ont éventuellement conduit la personne au
burn-out.
- Ils
doivent enfin se pencher sur toutes les questions du
sens et de la reconnaissance, de la contribution de
chacun et de la marge de manœuvre consentie aux
employés.
- Si
elle veut que l’accueil d’un employé
soit aidant, la direction doit manifester une attitude
positive face à son retour. Pour minimiser les
comportements ou les attitudes indésirables susceptibles
de renvoyer l’employé dans sa maladie,
il faut véhiculer des croyances aidantes qui
favoriseront la solidarité plutôt que le
rejet. Par exemple, garder une forme de contact durant
la période d’absence, inviter l’employé
concerné lors de fêtes spéciales
ou d’événements particuliers, le
tenir informé de décisions importantes,
lui envoyer une carte de prompt rétablissement,
etc. Le but de tout cela étant, bien sûr,
de lui signifier notre appréciation et notre
reconnaissance, non de l’accaparer.
- Au
retour, il peut être intéressant de lui
souhaiter la bienvenue d’une façon particulière
en y associant ses collègues. L’implication
de la direction peut servir alors d’incitatif
réel pour ceux qui n’osent pas le faire
individuellement.

La
part des collègues
Voici
maintenant quelques suggestions pour les collègues
de travail.
- Certaines
attitudes des collègues seront aidantes et d’autres
nuisibles lors des semaines et des mois qui suivent
le retour au travail. Parmi ces dernières, mentionnons
tous les commentaires culpabilisants faisant référence
au fait que la personne s’écoute trop ou
encore les conseils non sollicités donnés,
bien sûr, avec une bonne intention, mais qui sous-entendent
que la personne manque de volonté, par exemple.
Mieux vaut alors ne rien dire.
- De
plus, banaliser la souffrance des autres constitue une
attitude condescendante manquant tout à fait
de délicatesse, même si, encore une fois,
l’intention est bonne. La véritable compassion
est plus indiquée que tout autre parole d’encouragement
ou conseil.
- Lorsqu’un
travailleur revient au travail, il faut éviter
qu’il se retrouve isolé. Si notre gêne
face à lui est naturelle, il faut passer par-dessus.
Ceux qui sont les plus proches devraient mettre l’accent
sur les qualités de la personne, sur ses ressources
afin de favoriser son estime de lui-même nettement
touchée lors d’un burn-out ou d’une
dépression.
- On
peut aussi, sans nier la réalité de la
personne, la recadrer de façon positive en faisant
ressortir avec elle les bons côtés, les
avantages.
La recette, finalement, est simple : agir avec cette
personne comme on aimerait qu’on le fasse avec
soi, c’est-à-dire écouter, s’intéresser,
communiquer et avoir du plaisir avec elle.
- Surtout,
ne pas faire semblant que tout ce qui a conduit à
la maladie ou même l’absence de la personne
n’ont jamais existé.
La
solidarité, le fait de réaliser que nous
faisons tous partie de la même aventure humaine
contribuent à briser l’isolement, à
lutter et à travailler pour une vie meilleure,
que ce soit en famille, au travail ou dans la communauté
Le retour au travail après un burn-out ou une dépression : développer une attitude gagnante.
Accompagner un conjoint dépressif.


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