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Changer quand il le faut.

Le pouvoir de nos croyances

Par Marc Vachon, psychologue

Si l'on vous demandait de dire ce qui caractérise le plus la vie à notre époque, que diriez-vous? Le stress, l’éclatement de la famille et du couple, la crise de confiance envers nos institutions politiques, le SIDA, la violence au quotidien, les découvertes extraordinaires de la science figureraient probablement parmi vos réponses. Personnellement, je dirais que la chose la plus importante à laquelle personne n’échappe, que ce soit au niveau de l’individu, du couple, de la famille, de l’école, de l’entreprise et de la société en général, c’est le changement.

Il y a ces changements que nous aimerions bien opérer, initier, et qui n’ont d’autre but que de nous aider à mieux nous sentir, à mieux vivre. Ce peut être un comportement nuisible ou une habitude qui nous limite et qu’on voudrait éliminer, une façon d’agir ou de penser qui nous empêche de vivre des relations satisfaisantes, de donner le rendement dont nous nous savons capable, d’entreprendre les actions que nous savons nécessaires pour réaliser nos rêves, pour réussir, en un mot pour nous épanouir et devenir la personne que nous souhaitons être.

Puis il y a les changements que nous devons faire à la suite d’événements ou de situations qui «nous arrivent» et auxquels personne n’échappe: les naissances, les enfants qui grandissent et s’en vont, l’emploi que l’on perd, la maladie, le départ ou la mort d’un proche, notre propre vieillissement, etc.

Dans ce texte, nous nous attarderons sur ces changements rendus nécessaires par des situations extérieures indépendantes de notre volonté et nous verrons comment on peut transformer ces situations, souvent paralysantes, en moteurs puissants de notre développement.

Ces changements auxquels on n'échappe pas.

À tous les jours ou presque parviennent à nos oreilles des récits d’événements, certains plus dramatiques que d’autres, qui mettent en scène des gens comme vous et moi. Certains nous frappent davantage et nous nous demandons souvent comment nous réagirions si c’était à nous qu’ils arrivaient. En voici quelques exemples que vous connaissez peut-être.

Une adolescente de 15 ans apprend que son ami de coeur veut la quitter; découragée, elle mettra fin à ses jours en se couchant sur une voie ferrée et en se laissant écraser par un train.

Une enfant est sauvagement attaquée, violée, puis assassinée. Sa soeur, une jeune adolescente, révoltée par cette violence qui est venue frapper cruellement si près d’elle, entreprend une croisade contre la violence à la télévision; elle réunira ainsi plus d’un million de signatures qu’elle remettra en main propre au premier ministre Mulroney, forçant ainsi les politiciens et la société en général à réfléchir et, c’est à souhaiter, à agir. Mais surtout, elle aura fait de cet accident tragique et sordide le déclencheur d’une force morale puissante qui a transporté ses proches et donné un sens à une mort qui aurait été autrement inutile. Son nom? Mélanie Larivière.

Un homme perd son emploi. Découragé, il essaie de trouver réconfort dans l’alcool et tombe dans une dépression de plus en plus grande, mettant en péril sa vie familiale. Pour éviter que son amie ne le quitte, il prend un fusil et, après avoir tiré sur elle, il retourne l’arme contre lui-même et se suicide...

Le 3 juin 1973, un jeune homme est victime d’un accident d’automobile qui le laisse handicapé, immobilisé dans un fauteuil roulant pour le reste de sa vie. Un an après l’accident, délaissé par ses amis, il commence à pratiquer quelques sports pour rencontrer des gens, se valoriser. Mû par la conviction profonde que sa vie ne s’arrête pas là, il passera à travers de nombreuses embûches et redonnera un sens à sa vie. En 1990, il a déjà terminé trois fois premier au Marathon international de Montréal, section fauteuils roulants; il a voyagé dans le monde entier, a accumulé un nombre important de titres et d’hommages et il est devenu un homme d’affaires prospère et un modèle pour les handicapés comme pour les autres. Son nom? André Viger.

Une femme à peine âgée de soixante-dix ans est convaincue que sa vie arrive maintenant à sa fin, que le meilleur est derière elle et qu’elle devrait mettre de l’ordre dans ses affaires. Son mari est décédé, ses enfants sont partis. Elle vend sa maison, s’installe dans un deux pièces et attend la fin, désoeuvrée, triste et déprimée.

Une septuagénaire décide que ce n’est pas parce qu’elle a 70 ans qu’elle ne peut plus rien faire. Elle décide de pratiquer une activité dont elle a toujours rêvé: l’escalade. À 95 ans, elle est devenue la femme la plus âgée à avoir escaladé le Mont Fuji. Son nom: Hulda Crooks.

On croit souvent, à tort, que ce sont les événements qui nous arrivent qui déterminent le genre de personne que l’on est ou la vie que l’on a. Si c’était vraiment le cas, pourquoi ces événements sont-ils pour certains le point de départ d’une évolution réussie, alors que pour d’autres, ils ont des effets si paralysants et même destructeurs?

Les quelques exemples mentionnés, que j’ai volontairement choisis extrêmes, démontrent plutôt que ce ne sont pas les événements qui nous arrivent qui modèlent notre vie et ce que nous devenons, mais le sens que nous leur donnons, l’interprétation que nous en faisons. Nous n’avons heureusement, pour la plupart d’entre nous, jamais eu à vivre une situation comme celle qu’ont rencontrée Mélanie Larivière et ses parents ou André Viger ou d’autres que vous connaissez, et c’est à souhaiter que nous n’ayons jamais à le faire. Mais nous devons tous faire face à des changements dans notre environnement qui nous obligent à nous adapter, que ce soit au travail, à la maison, à l’école ou dans la société en général. Et le sens que nous leur attribuons est largement déterminé par les croyances que nous avons à propos de nous-même, des gens, de la vie en général.

Les croyances

Les croyances se caractérisent par un sentiment de certitude qui nous fait agir et réagir de telle ou telle façon face à des événements ou à des personnes. Elles ne sont pas la réalité, mais nous agissons comme si elles l’étaient. Elles déterminent très largement notre perception de la réalité et nos comportements.

À ce propos, il est intéressant de se rappeler l’expérience menée par Rosenthal et Jacobson (note 1), il y a de nombreuses années. Ils ont fait croire à des enseignants du primaire que certains élèves de leur classe étaient particulièrement doués intellectuellement, et qu’ils devaient s’attendre à un développement intellectuel rapide de ces élèves dans un avenir rapproché. Ces enseignants se sont conséquemment comportés d’une façon particulière avec ces enfants, de sorte qu’à la fin de l’année, ces derniers présentaient une augmentation de 10 à 15 points de niveau de quotient intellectuel par rapport au reste de la classe. Ces enfants, que rien ne distinguaient des autres au départ, puisqu’on les avait choisis au hasard, avaient reçu de meilleures évaluations personnelles et des notes plus élevées, alors que les autres étaient considérés comme moins curieux, moins intéressés et ayant moins de chances de réussir dans l’avenir. La croyance des enseignants avait fait en sorte que des enfants, qui n’étaient pas plus intelligents ou talentueux que les autres, avaient mieux réussi. C’est ce qu’on a appelé l’effet Pygmalion, qui démontre que nous agissons de façon à provoquer ce que l’on croit.

Que se passe-t-il alors chez l’étudiant qui a échoué un cours de mathématique? Certains vont se dire que c’est un accident de parcours et vont ainsi réajuster leur comportement pour ne plus que cela se reproduise; d’autres vont développer la croyance qu’il sont «nuls» en maths; si cette croyance est suffisamment forte, ils auront tendance à se comporter en conséquence dans leurs cours suivants, et pourront même étendre cette perception à tous les cours, agissant ainsi d’une façon qui viendra confirmer leur croyance et lui donner encore plus de «certitude».

Que se passe-t-il chez l’employé qui s’est fait refuser un projet ou une promotion? Il pourra développer la croyance qu’il est incompétent et qu’il ne sert à rien de prendre des initiatives, ou qu’il est un incompris qui serait bien mieux ailleurs. Ou il pourra réajuster son tir, essayer de savoir ce qui ne marchait pas dans son projet, le présenter d’une autre façon.

Que se passe-t-il chez la jeune femme qui sort d’une relation afective très difficile et qui développe la certitude qu’elle n’est pas faite pour la vie de couple, que tous les hommes sont comme ci ou comme ça?. N’aura-t-elle pas tendance à éviter tout nouvel
engagement?

Les croyances, vous le constatez, sont des certitudes que l’on acquiert de notre éducation, de nos expériences, de ce qu’on nous a dit et de ce qu’on imagine aussi. Plus on a de références pour appuyer une croyance et plus l’intensité émotive reliée à la référence est forte, plus alors la croyance sera puissante. L’enfant qui s’est fait répété par ses parents et professeurs, pendant toute son enfance, qu’il n’était pas intelligent a des références très puissantes pour croire que c’est vrai et se comportera en conséquence.

Vraies ou fausses?

Les croyances sont-elles vraies? Sont-elles fausses? À mon avis, on trouve toujours des raisons pour démontrer à quel point nos croyances sont vraies, justifiées. N’avez-vous pas, comme tout le monde, déjà vécu des situations qui pourraient justifier la croyance qu’il ne faut pas faire confiance aux gens?

La question n’est pas tant de savoir si nos croyances sont vraies ou fausses, mais bien plutôt de déterminer si elles nous servent ou nous nuisent, si elles sont paralysantes ou si elles nous aident à nous épanouir, à atteindre nos objectifs, à vivre.

Non seulement les croyances modifient nos façons de penser et d’agir, mais encore elles peuvent modifier notre physiologie. Pensez à ces fameuses pilules de sucre et autres placebo dont le pouvoir de guérison est purement psychologique? Le soulagement et la guérison qu’ils apportent sont pourtant réels. Des expériences ont en effet démontré qu’un placebo peut effectivement réduire la souffrance et même guérir si la personne croit à son efficacité. C’est cela une croyance dynamisante.

Quelles sont vos croyances?

Les croyances sont des filtres à travers lesquels nous percevons non seulement le monde qui nous entoure, mais aussi nous-même, nos capacités, ce qui nous arrive, etc. En déterminant nos comportements, nos façons d’agir et de réagir, elles ont le pouvoir de créer ou celui de détruire. D’où l’importance d’en faire un inventaire et d’identifier leurs effets sur nous. Voici un petit exercice, adapté d’Anthony Robbins (voir note 2), un spécialiste américain de la motivation.

  • Prenez un crayon et faites une liste des croyances que vous avez à propos des gens, de vous, de la réussite, de l’école, du travail, du temps, du plaisir. Identifiez vos croyances générales ou globales, celles qui commencent habituellement par les mots: «Les gens sont tous...» ou «La vie, c’est...» ou «Les patrons, ce sont...» ou «Le travail, c’est...» ou «Moi, je suis ou ne suis pas...» etc, comme vos croyances particulières, celles qui commencent par les mots: «Si ... alors...»; si je fais, ou dis, ou pense telle chose, alors il va arriver telle chose («Si je donne mon maximum, alors je vais réussir.»). Écrivez-en autant que vous le pouvez.

  • Puis, à côté de chacune, écrivez un «A» si vous évaluez que c’est une croyance qui vous aide, vous stimule, et un «X» si vous jugez qu’elle vous limite, vous paralyse, vous nuit.

  • Revisez ensuite vos croyances «A», encerclez les trois croyances les plus positives de votre liste, puis écrivez ensuite quelques mots pour expliquer comment ces croyances vous aident, vous stimulent, les effets positifs qu’elles ont sur vous.

  • Encerclez maintenant deux croyances que vous évaluez les plus limitatives, puis écrivez quelques mots pour expliquer comment ces croyances vous nuisent, vous paralysent, les effets négatifs qu’elles ont sur vous.

On peut aussi faire cette expérience en se concentrant sur les croyances que l’on a dans un secteur d’activité qui nous intéresse particulièrement et dans lequel on veut apporter des changements: la famille, l’école, le travail. Par exemple, l’entrepreneur qui ne comprend pas pourquoi son entreprise stagne ou qui veut progresser, peut identifier les croyances limitatives que lui ou ses employers ont à propos de l’entreprise, du marché, des clients, du produit. Ou encore, l’étudiant qui veut mieux réussir peut identifier les croyances limitatives qu’il a sur l’école, les cours, les professeurs, les débouchés, etc.

Modifier une croyance limitative

Notre cerveau est ainsi fait qu’il nous conduit à fuir ce qui provoque la douleur et qu’il recherche au contraire ce qui donne du plaisir. La clef pour réussir à opérer un changement durable repose donc en bonne partie dans notre capacité à associer le plus de douleur possible à rester comme on est, et le plus de plaisir au fait de changer.

La première étape pour modifier une croyance limitative, nous dit le même Robbins, consistera donc à y associer suffisamment de douleur pour vouloir en changer, en réalisant pleinement ce que ces croyances m’ont coûté dans le passé et ce qu’elles risquent de me coûter dans l’avenir. Voici quelques questions intéressantes qui devraient vous aider à ébranler la force de ces croyances:

  • Qu’est-ce qu’il y a de ridicule ou d’absurde dans cette croyance?
  • De qui ai-je appris cette croyance? Est-ce que cette personne est un modèle pour moi
    dans cette sphère d’activité?
  • À long terme, quel prix émotionnel devrai-je payer si je garde cette croyance?
  • Quel sera le prix à payer dans mes relations avec les autres si je garde cette croyance?
  • Qu’est ce qu’elle peut me coûter physiquement à long terme?
  • Qu’est-ce qu’elle peut me coûter financièrement à long terme?
  • Quel prix ma famille ou les gens que j’aime devront-ils payer si je ne modifie pas cette
    croyance?

Plus vous réussirez à associer de douleur à une croyance limitative, plus vous créerez la motivation nécessaire pour vouloir en changer.

Remplacer une croyance limitative

Vous est-il déjà arrivé de vouloir changer un comportement, une façon de penser, une habitude nuisible, d’avoir la motivation pour le faire, de réussir pendant un certain temps, puis de revenir au point de départ, encore plus persuadé qu’avant qu’il n’y a rien à faire (une nouvelle croyance)?

Tous les spécialistes du comportement vous le diront: on ne peut se débarrasser d’une façon d’agir, d’une émotion ou d’une habitude sans la remplacer. Sinon, ou bien nous la remplacerons inconsciemment par une autre qui risque d’être tout aussi nuisible (n’est-ce pas le cas de l’ex-fumeur qui se met inconsciemment à manger trop) ou bien nous reviendrons à l’ancienne. La même chose s’applique quand on veut changer, modifier ou éliminer une croyance négative. Il faut lui trouver un antidote, la remplacer par une autre qui a sur nous un effet contraire. Puis, il faut se mettre au travail pour appuyer cette nouvelle croyance, sinon elle demeurera une idée vague et n’aura pas d’effet sur nous. On peut essayer de lui trouver des références en se basant sur des situations qu’on a vécues ou en prenant modèle sur des gens qu’on connaît qui partagent cette croyance.

  • L’étape suivante consistera à associer le plus de plaisir possible au changement qu’on veut opérer, à la nouvelle croyance qu’on veut acquérir. On crée ainsi un levier qui nous motive à agir en conséquence. Voici quelques questions utiles.
  • Quels sentiments positifs cette nouvelle croyance provoque-t-elle en moi?
  • Quelles portes m’ouvre-t-elle, quelles choses rend-elle possibles dans mes relations avec les autres, dans mon travail?
  • Quel impact positif aurai-je sur ma famille et mes amis?
  • Commennt mes enfants vont-ils me regarder plus tard si j’opère ce changement?
    Plus vous trouvez de bonnes raisons pour opérer le changement, plus vous avez de chances qu’il se produise.

Conclusion

Nous avons vu que, lorsqu’un événement extérieur se produit, notre façon de l’interpréter est bien plus importante et décisive que l’événement lui-même. En effet, le sens que nous lui attribuons va déterminer l’effet que cet événement aura sur nous et sur notre vie. Il dépend de nous que ces situations soient des catalyseurs de notre développement, comme nous l’illustrent des gens comme la jeune Larivière ou André Viger.

Pour compléter

Notes
  1. ROSENTHAL, R. ET JACOBSON, L.F. (1968). Teacher expectations for the disadvantaged. Scientific American, 4, 19-23.

  2. ROBBINS, ANTHONY (2007). L'éveil de votre puissance intérieure. Les Éditions de l'Homme. 576 p.

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