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Stress - Croissance personnelle

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Ah! Ces émotions...

Par Marc Vachon, psychologue

Si on pouvait s’en passer, la vie serait tellement plus simple. Finie la frustration quand les choses ne fonctionnent pas à mon goût. Plus de peur ou d’insécurité devant l’inconnu et l’avenir. Terminé ce sentiment de solitude quand je me retrouve seul chez-moi après ma journée de travail. Plus de timidité quand j’ai une démarche à faire ou la gêne qui m’empêche de créer des liens avec de nouvelles personnes. Plus d’ennui devant la routine de mes journées et de ma vie. Liquidée la peine quand je perd des proches. Fini de me sentir blessé par les paroles méchantes des autres. Exit le doute, la culpabilité, le désappointement, l’insatisfaction, la jalousie, la tristesse. Oui, si on pouvait arrêter de sentir et d’éprouver des émotions, ce serait plus facile... 

C’est vrai qu’il y a plein de moyens de ne plus sentir, de me distraire de ce que je vis ou ne vis pas. Je n’ai qu’à m’installer à la télévision pendant des heures et vivre ma vie par procuration dans tous ces téléromans qui foisonnent. Je peux aussi surfer des heures dans Internet, passant d’un site porno à un autre site plus porno, pour oublier ma difficulté dans mes rapports avec les femmes. Je n’ai qu’à  manger mes émotions, comme on dit, ou mieux les noyer dans l’alcool. En plus, l’alcool, ça me rend de bonne humeur. Bon! C’est sûr que j’ai mal à la tête quand je me réveille, mais il faut ce qu’il faut.

Ah oui! Il y a aussi tous ces médicaments que je peux facilement me faire prescrire et qui endorment mon mal à l’âme. En plus, je suis pas tout seul à prendre ça.

Si ça fait pas, je n’ai qu’à me geler. Je connais un tas de gars avec qui je travaille qui le font et qui ne demanderont pas mieux que de m’approvisionner.  Non! Mieux que ça ! Jouer au vidéopoker dans le bar. En plus, tu peux gagner de l’argent facilement et puis… c’est juste du jeu.

Décidément, je ne manque pas de moyens. Puis, si ça ne fonctionne pas, si j’ai trop mal, si c’est trop pour moi, il y a un moyen ultime d’arrêter de souffrir. Couic… Finita la comedia ! Bonsoir, il est parti… une fois pour toute !

Oui mais… avec toutes ces astuces pour ne plus sentir, est-ce que ça veut dire aussi que je ne serai plus ému devant les réalisations de mes enfants ? Que je ne sentirai plus la compassion devant les gens qui souffrent et qui ont besoin de moi ? Ni ce que cela peut faire que d’être aimé, d’être émerveillé par la beauté de la nature qui m’entoure, d’être touché par une pièce de musique ? Que je ne sentirai plus la fierté qui nous envahit quand on réussit à relever un défi ? Que je ne pourrai plus rire de bon cœur devant les absurdités de la vie ? Que je ne saurai plus ce qu’on éprouve quand on joue avec ses enfants ou son chien ? Que je n’éprouverai plus de gratitude pour les bénédictions que j’ai dans ma vie ?  Et l’enthousiasme, la passion, l’entrain, la confiance, la sensualité ? Est-ce le prix à payer pour arrêter de souffrir, pour expulser les émotions négatives de ma vie ?

Un autre prix à payer

Personne n’aime souffrir, c’est certain, C’est pourquoi plusieurs font souvent des pieds et des mains pour éviter de ressentir les émotions désagréables. On peut s’en distraire momentanément et sainement dans des activités et loisirs divers. On peut aussi les nier ou les fuir, comme parfois certains adeptes de la pensée positive à tout crin ou encore, comme on vient de le voir, en utilisant des moyens auto-destructeurs comme l’alcool, les drogues, la surconsommation, le jeu et, parfois même, le travail.

Bizarrement, quand nous cherchons à éviter ou à nier nos émotions, loin de disparaître, elles risquent de s’envenimer. Elles sont un peu comme ce jeune enfant qui veut nous parler et que l’on n’écoute pas ou que l’on feint d’ignorer. Au bout de quelques instants, il cherchera à attirer notre attention par des moyens détournés.  Puis, si ça ne fonctionne pas, il pourra crier, hurler, se rouler à terre ou renverser son verre de jus sur notre beau tapis, juste pour que nous lui accordions notre attention.

Et il y a un autre prix à payer à se couper de ses émotions de façon constante : les maladies physiques et psychologiques. On sait maintenant, sans l’ombre d’un doute, que le corps et l’esprit sont intimement liés l’un à l’autre, que toute émotion ressentie de façon continue finit par avoir des répercussions sur le corps, en affectant la chimie corporelle, la pression sanguine, le métabolisme, le système immunitaire et la libido. Ce n’est une surprise pour personne, alors, de voir autant de gens souffrir d’hypertension, de problèmes cardiaques, d’ulcères d’estomac, de problèmes digestifs, d’arthrite, de migraine, de problèmes oculaires, sexuels et autres symptômes physiques.

À côté de cela, on ne peut plus l’ignorer, nous assistons à une augmentation considérable des problèmes d’ordre psychologique. Dans certains milieux de travail, on a constaté une hausse de 200% dans les dernières années. Cela se manifeste par de l’absentéisme, l’accroissement de la violence entre collègues, les congés pour dépression, etc. Que faire alors ?

Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Mais nous allons quand même en tenter quelques-unes.

1- Accueillir ses émotions

Plutôt que d’attendre d’être éveillé en pleine nuit par un cauchemar ou une crise d’angoisse, commençons par reconnaître notre émotion et à l’accueillir comme un signal que nous envoie notre organisme pour nous avertir que quelque chose ne va pas. Facile à dire, moins facile à faire. Cela exige de prendre du temps, de se trouver des moments pour se connecter avec soi-même, loin des distractions, de croire que ça vaut le coup. Et c’est une habileté qui s’apprend, comme le bricolage ou la musique.

C’est vrai qu’à ce jeu, les hommes sont souvent moins habiles. Nous sommes souvent coincés dans des idées toutes faites, transmises par les figures masculines et les modèles masculins de notre vie pour qui la virilité passe par le rationnel, la maîtrise et le contrôle à tout prix.

Un homme, c’est fort ! Un homme, ça ne pleure pas ! Au lieu de reprocher aux hommes de ne pas sentir, il faudrait peut-être comprendre que dans l’apprentissage de son rôle sexuel, on ne lui a pas souvent appris que les émotions peuvent être un outil incroyable pour avancer dans la vie et devenir plus fort. Cet apprentissage sera toujours un peu plus difficile pour lui, parce que pris dans ses conditionnements, mais quand même possible. Et la première chose à faire, c’est d’accueillir les émotions que nous ressentons, aussi désagréables soient-elles, sans les évaluer.

2- Identifier l’émotion ressentie

Puis, on se pratique à mettre un nom sur l’émotion qu’on ressent. Tout n’est pas de la colère, de la joie ou de la peine. Dans le domaine des émotions plus déplaisantes, on peut éprouver : inconfort, malaise, nervosité, embarras, anxiété, peur, inquiétude, insécurité, sentiment d'être blessé, insulté, déçu, en colère, impatience, frustration, désappointement, culpabilité, doute, sentiment de ne pas être à la hauteur, d'être inadéquat, sentiment d’être débordé, fatigué,  surchargé, accablé, écrasé, déprimé, sentiment d'être seul, isolé, rejeté,  impuissance, tristesse, insatisfaction, démotivation, ennui, confusion, jalousie, etc.

Dans le domaine des émotions plus agréables, il y a : enthousiasme, fascination, gaieté, entrain, séduction, désir, curiosité, gratitude, émerveillement, créativité, assurance, audace, considération, humour, affection, passion, détermination, sensualité, vitalité, contribution, douceur, confiance, estime de soi…

3- Relier l’émotion à une situation

Plusieurs choses peuvent provoquer une même émotion et il est important de bien comprendre ce qui la provoque, car l’action à prendre sera différente. Je peux bien dire que je vis de l’impuissance ou que je suis stressé. Mais qu’est-ce que cela veut dire précisément pour moi ? Quelqu’un à côté de moi pourra vivre la même émotion, mais ce qui la provoque sera différent.

Souvent, quand on éprouve une émotion désagréable, c’est qu’une de nos valeurs importantes n’est pas respectée (Je me sens traité comme un numéro, bousculé...) ou qu’une de nos certitudes est remise en question (Je n’aurais jamais cru qu’à 40 ans, j’en sois rendu là... ). Parfois, c’est une tentative d’action qui ne réussit pas comme on le souhaiterait (J’ai beau essayer de parler plus, ça ne fonctionne pas !) ou qu’une de nos règles est violée (Ça ne se fait pas de traiter quelqu'un comme ça ! ). Quoiqu’il en soit, nous faisons un bon bout de chemin quand, en plus de préciser l’état d’esprit que nous éprouvons, nous tentons de savoir ce qui le provoque, sans évaluer si c’est correct ou pas, si on a raison ou pas de ressentir cette émotion.

4- Agir avec les moyens qu’on a

La nature nous a fait cadeau des émotions pour que nous puissions savoir si nous sommes bien ou mal et pour que nous puissions ensuite faireles changements qui s’imposent, s'il y a lieu.  Prenons donc l’habitude de les considérer comme un signal d’action et non comme une empêcheuse de tourner en rond.

L’action sera bien sûr différente selon l’émotion. Si nous nous sentons incompétent, que ce soit au travail ou dans un domaine de notre vie personnelle, mettons-nous à la recherche de l’aide, de l’information, des outils, des stratégies, de la formation qui nous manquent. Si nos valeurs fondamentales ne sont pas respectées ou sont menacées, peut-être est-ce le moment pour nous de chercher un environnement de travail, relationnel ou même géographique qui nous convienne mieux.

Chacun veut être heureux et en santé. Apprendre à se servir intelligemment de ses émotions est certainement une des étapes les plus importantes pour y arriver. Même s’il faut parfois souffrir un peu, c’est essentiel pour bien vivre et aussi indissociable d’une vie réussie que peut l’être le bonheur.

Note

Cet article a d'abord été publié dans Pour une industrie en santé, vol. 4, no 1, mars 2005.

Nous vous référons également au texte Parler pour dénouer les impasses.

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