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Par Marc Vachon, psychologue

Ces temps-ci, en lisant les journaux, en regardant la télévision ou simplement en écoutant les conversations, je ne peux faire autrement que de remarquer, comme vous sans doute, le climat de morosité dans lequel nous baignons tous. Fermetures, faillites, licenciements massifs ne cessent de faire les manchettes.

Et puis voilà qu’en fin de semaine dernière, une statistique me tombe sous les yeux. Une enquête démontre que soixante et onze pour cent (71%) des familles avec des revenus de $40 000 et moins ont peur de perdre leur emploi, proportion qui s’élève à cinquante cinq pour cent (55%) chez ceux qui gagnent plus. Cela signifie que des gens, actuellement au travail, ne sont plus du tout convaincus d’avoir encore leur emploi dans six mois, un an ou plus. Avec le niveau d’endettement qui accapare 84% du revenu disponible, ces mêmes personnes s’inquiètent de ne plus pouvoir payer leur loyer, leur hypothèque, leur auto, leur chauffage, leurs taxes, les études de leurs enfants. Il ne faut pas être psychologue pour savoir qu’un tel climat de peur constitue probablement le plus grand obstacle au développement de solutions qui pourraient justement nous sortir de cette situation.

Pour de plus en plus de gens, donc, il y a là un malaise qui les amène à considérer un changement. Pour ce faire, certains vont attendre pour réagir et bouger d’avoir le fusil sur la tempe (fermeture de l’usine, de l’entreprise, coupure de personnel, etc.) Mais d’autres vont entreprendre dès aujourd’hui les changements qu’ils désirent. Mais comment change-t-on ? Y a-t-il un mode d’emploi ?

Je vous propose aujourd’hui quelques outils qui ont fait leurs preuves et qui devraient aider ceux qui le désirent à modifier leur situation, que ce soit au travail ou dans leur vie personnelle et familiale.

L’IMPORTANCE DE SAVOIR CE QUE L’ON VEUT

La toute première étape pour initier un changement, aussi simpliste qu’elle puisse paraître, consiste à décider ce que l’on veut précisément. Quand on écoute les gens, on apprend souvent ce qu’ils ne veulent pas, mais pas toujours ce qu’ils veulent. Pourtant, tous les auteurs dans le domaine du changement sont d’accord sur ce point: ceux qui réussissent ont un but précis.

Définir ce que l’on désire, le plus précisément possible, nous donne une direction à suivre, nous porte vers l’avant, mobilise notre cerveau dans un sens précis. Vous souvenez-vous d’avoir vu à l’écran, pendant la fameuse guerre du Golfe, ces effrayants missiles équipés d’une caméra de télévision et programmés pour atteindre une cible bien déterminée ? Avec quelle précision ces engins de destruction atteignaient leur but, réajustant automatiquement leur trajectoire s’ils en déviaient !

Jusqu’à un certain point, notre cerveau a aussi son système de téléguidage et il va travailler pour nous si nous lui donnons une direction bien précise. D’où l’importance de réfléchir, de trouver les rêves qui nous animent, de déterminer avec soin nos buts, pour donner à notre cerveau toutes les chances de nous y conduire (à ce sujet, voir notre article Urgent besoin de rêves sur notre site Internet). Où va s’écraser le missile s’il a été programmé avec plusieurs directions contradictoires ? Chez l’être humain, on appelle cela de la confusion.

TROUVER UN LEVIER

Avez-vous remarqué combien on trouve d’énergie et de forces quand des événements surviennent pour nous obliger à passer à l’action ? Nous avons tous entendu des récits d’efforts surhumains accomplis par des gens qui ne se seraient jamais crû capables de tels exploits, mais qui, dans la nécessité, ont mobilisé toutes leurs ressources: ils n’avaient pas d’autre choix. Faut-il attendre donc d’être devant la nécessité pour trouver la motivation pour agir ? N’est ce pas ce que nous faisons tous à des degrés divers ? Trop souvent, on attend pour bouger et changer que la situation l’exige, et l’on se coupe alors de toute autre possibilité d’action: on n’a plus le choix, alors on le fait. En thérapie, ceux qui agissent et changent le plus rapidement, ce sont ceux qui souffrent, qui ont mal.

Mais comment peut-on se motiver à agir avant la dernière limite, puisque c’est de cela dont il est question ici ? Pensez à ce que fait celui qui veut lever une pierre trop lourde. Il trouve un levier ! Il glisse l’extrémité d’un bâton sous la roche, trouve un support et appuie sur l’autre extrémité du bâton.

Si l’on veut changer, il faut se munir d’un tel levier. Il faut que le changement soit vu comme une urgence, une nécessité si grande qu’on ne pourra faire autrement que d’agir, même si dans les faits il n’y a pas encore de nécessité absolue. Il faut se programmer l’esprit de telle façon qu’on associera plus de douleur au statu quo qu’au changement.

Beaucoup de gens savent ce qu’ils veulent changer, mais ne le font pas. Pourquoi ? Parce qu’ils associent plus de douleur au changement qu’à la situation actuelle qui, pourtant, ne les enchante pas non plus. « J’aimerais changer d’emploi pour en trouver un plus satisfaisant, mais que va-t-il se passer si c’est encore pire ailleurs ? Et puis, de toute façon, il n’y a pas d’ouverture. » - « J’aimerais introduire tel changement dans mon travail pour le rendre plus satisfaisant, mais comment vont réagir mes confrères, mon patron ? De toute façon, ça s’endure. » C’est la même chose au niveau personnel, familial, amoureux, etc.

CRÉER LE MALAISE

Voici comment vous fabriquer un levier qui vous aidera à ressentir profondément la nécessité du changement que vous voulez faire. Posez-vous les questions suivantes et écrivez le plus de réponses possibles; il faut vraiment que vous arriviez à associer un tel inconfort, une telle douleur au statu quo que vous n’aurez plus le goût d’y rester.

  • Quel est le prix à payer dans le futur si vous ne changez pas ? Qu’est-ce que vous allez manquer, à court, moyen et long terme ? Quels regrets risquez-vous d’avoir si vous ne faites pas le changement ?
  • Qu’est ce que ça vous coûte déjà émotionnellement, mentalement, physiquement, financièrement de laisser la situation telle qu’elle est ?
  • Qu’allez-vous dire de vous en vous regardant dans le miroir dans un an si vous ne faites pas le changement que vous voulez ? Dans cinq ans ? Dans quinze ans ?
  • Comment la situation actuelle vous affecte-t-elle ? Comment affecte-t-elle votre conjoint, vos enfants ? Qu’est-ce qu’ils vont dire de vous si vous ne changez pas ?
  • Quels bénéfices retirez-vous encore à laisser la situation inchangée, à avoir peur ?

Le truc ici, donc, c’est de vous faire souffrir par anticipation le plus possible pour créer assez de malaise que le cerveau va vouloir sortir de la situation.

SUSCITER L’ESPOIR

Pour donner encore plus de puissance à votre levier, il s’agit ensuite d’associer dans votre esprit des sensations plaisantes au fait de changer. Les questions suivantes devraient vous aider.

  • Comment allez-vous vous sentir si vous faites le changement que vous voulez ?
  • Qu’allez-vous penser de vous-même, dans un an, cinq ans, quinze ans?
  • Quels autres changements souhaités cela va-t-il vous permettre de faire ?
  • Quelle perception de vous vont avoir votre conjoint, vos enfants, vos amis ?

Comme vous le constatez, il s’agit vraiment de se donner suffisamment de bonnes raisons pour rendre non seulement le statu quo insupportable, mais pour que le changement soit irrésistible. En résumé, augmenter le malaise et susciter l’espoir. Il n’y a de changement que si le malaise et l’espoir sont très élevés, et pas seulement un des deux.

POUR S’ASSURER DU SUCCÈS

Bien des gens ont un but, savent ce qu’ils veulent faire; de plus, leur malaise et leur espoir sont très élevés. Pourtant, ils ne changent pas ou, s’ils le font, c’est pour revenir au point de départ. Ils devraient alors faire la liste des bénéfices secondaires qu’ils retirent à laisser la situation telle qu’elle est, à garder la même façon d’agir, de ressentir. Est-ce que, lorsque je me plains de ma situation, je reçois de l’attention des autres par exemple ? Est-ce qu’en ne bougeant pas, j’évite de déplaire aux autres et ainsi de perdre leur affection ?

Si les bénéfices secondaires sont trop élevés, pas étonnant qu’on revienne à l’ancien comportement ou à l’ancienne façon de penser. Si l’on veut qu’un changement ne soit pas que temporaire, il faut absolument remplacer ces vieux modèles de penser ou d’agir par de nouveaux qui nous donneront les mêmes bénéfices ou d’autres plus puissants. Un ancien f à celle-ci s’il ne la remplace pas par quelque chose qui lui procure cette détente. Il faut remplir le vide avec quelque chose qui va procurer les mêmes bénéfices sans les effets secondaires néfastes.

Par la suite, il faut se mettre au travail et pratiquer, pratiquer, encore et encore, en n’oubliant pas de se récompenser à chaque fois qu’on réussit à mettre en pratique le nouveau comportement, la nouvelle façon de penser ou qu’on fait quelque chose qui nous rapproche de notre objectif.

CONCLUSION

Nul doute qu’il règne autour de nous un climat de stress, de tension et de peur. Pour plusieurs, l’avenir est incertain, la situation économique est imprévisible. La meilleure façon de réagir, c’est de décider individuellement et collectivement ce que l’on veut vraiment et d’agir avant que la situation nous y oblige, sans attendre que la solution vienne de l’extérieur. Cette action aura au moins le mérite de nous sortir de ces sentiments d’impuissance et d’aliénation qui font de nous des victimes.

Article complémentaire : Comment modifier des états d'esprit paralysants et en provoquer de plus aidants

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