Pour garder la flamme dans le couple
Par
Marie
Bérubé, psychologue
Ah!
L’amour. Sous son vocable unique, il englobe souvent
pêle-mêle une foule de réalités,
de sentiments qui, bien que parfaitement compréhensibles
pris individuellement, laissent perplexes l’amoureux,
l’esthète, le jeune parent et tous ceux qui
aiment, à leur façon, un conjoint, un enfant,
un ami, un art, une profession. Mais comme la Saint-Valentin
est à nos portes, quoi de mieux que de s’interroger
sur l’amour entre conjoints et sur les façons
de préserver la flamme dans un couple.
Sous
forme de Questions et Réponses, Marie Bérubé
vous présente ses réflexions sur l’importance
de l’intimité, de la passion et de l’engagement
et propose des moyens pour entretenir la flamme dans le
couple.
Q.
C’est un lieu commun de pointer la communication
lorsque l’on évoque un couple durable. Y
a-t-il vraiment une telle recette ? Et si oui, comment
s’y prend-on pour bien communiquer ?
R.
D’abord, il faut savoir qu’une relation de
couple se bâtit au fil du temps, et comporte plusieurs
aspects. Il y a, dans le mot communication, le mot commun.
Plus les partenaires auront des traits similaires (même
éducation, même milieu, même religion,),
s’il n’y pas de grossesse non-désirée,
que les études sont terminées, plus les
chances sont élevées d’avoir une union
durable. Par contre, il est fréquent que l’homme
et la femme ne perçoivent pas l’union de
la même manière. Alors que la femme considère
souvent la relation comme un lieu où exprimer ses
sentiments, elle mesure l’intimité par le
niveau d’échanges entre les partenaires.
L’homme, quant à lui, a souvent tendance
à mesurer l’intimité par la sexualité
et son implication par le fait de contribuer aux tâches
domestiques.
Q.
Pourtant, la plupart des amoureux souhaitent la
même chose : le partenaire idéal, la stabilité
amoureuse et la réussite de leur union. Comment
se fait-il que tant de couples échouent, alors
qu’au départ, l’amour est présent
et devrait « soulever des montagnes » ?
R.
Une relation amoureuse, c’est un peu comme un enfant.
Elle doit se développer et, pour cela, il faut
s’occuper de toutes ses composantes, soit l’aspect
physique, c’est-à-dire la passion, l’aspect
affectif, donc l’intimité, et l’aspect
cognitif, c’est-à-dire l’engagement.
Une certaine harmonie entre les trois est importante pour
garder l’équilibre et surtout pour que l’amour
dure dans le temps. De plus, c’est la communication
qui garantit cet équilibre, car dans la poursuite
de l’objectif, il est nécessaire que les
deux partenaires désirent la même chose et
selon des modalités compatibles, c’est-à-dire
que l’on s’entende sur les moyens
Q.
Peut-on penser qu’une relation est « boiteuse
» si par exemple l’un ou l’autre de
ces trois aspects est plus ou moins présent ?
R.
Selon certains oui ! Mais, on peut dire aussi qu’il
y a plusieurs formes d’amour. Et que certaines combinaisons
entre passion, intimité et engagement sont plus
favorables. D’autres, par contre, n’ont que
peu de chances de durer. Idéalement, l’amour
complet comporte les trois dimensions, du moins au fur
et à mesure que se développe la relation.
Q.
Peut-on décrire un peu plus ces fameuses composantes
?
R.
La passion, c’est le carburant, l’énergie,
le désir. C’est l’appel du corps, la
motivation. Souvent, mais pas toujours, c’est la
première phase de l’amour. Elle est exigeante.
C’est la phase ou on idéalise l’autre
et tout ce qui se rapporte à notre amour. Elle
peut même agir comme le ferait une drogue, et certains
individus peuvent même y perdre leurs convictions,
nier leurs besoins et oublier pratiquement leur identité
pour plaire à l’autre et le garder. Si la
passion n’évolue pas vers autre chose, il
y a un risque que les amoureux se tournent vers une autre
tornade de sensations à l’extérieur
du couple, dès que la nouveauté sera estompée.
Mais,
la relation peut aussi devenir plus mature et permettre
aux deux autres aspects, soient l’intimité
et l’engagement, d’émerger. L’intimité,
c’est la création des liens affectifs, l’ouverture
à l’autre, la confiance. L’intimité
peut aussi inclure la sexualité, mais pas nécessairement.
En fait, être intime, c’est avoir une relation
privilégiée et privée. Les hommes
et les femmes, comme nous l’avons dit plus haut,
ne la perçoivent pas nécessairement de la
même façon.
L’intimité,
c’est aussi bien le partage des passions ou intérêts
communs, que celui des rêves, des besoins de chacun,
de ses secrets, dans une transparence dénuée
de méfiance. Quand l’intimité inclut
la sexualité, elle se manifeste par le respect
des besoins de l’autre et dans la liberté.
Finalement,
l’engagement est de l’ordre de la décision
: celle de choisir l’autre et d’agir pour
que la relation dure. L’engagement soudera la relation
et permettra d’aller plus loin, de réaliser
davantage que ce que nous pourrions faire individuellement.
Un couple c’est une équipe.
Q.
À
quoi peut-on voir qu’un couple s’engage ?
Faut-il nécessairement se marier ?
R.
Le mariage est optionnel. C’est un engagement public.
L’engagement privé est beaucoup plus vital.
S’engager, c’est décider de rester
avec l’autre malgré les sacrifices que cela
risque d’impliquer dans le temps. Et c’est
aussi décider qu’on fera les efforts nécessaires
pour la durabilité de l’union. Nécessairement,
il faut y être motivé et agir en conséquence.
On s’engage sur le plan affectif, mais aussi objectivement,
c’est-à-dire en tenant compte des réalités
concrètes et matérielles comme les biens,
l’argent, les assurances, que notre union en soit
une à l’amiable (union libre) ou sociale
(contrat écrit). Évidemment, l’engagement
requiert un sens fort de son identité, une bonne
connaissance de ses besoins, de ses attentes, de ses valeurs,
et une capacité de renoncement liée à
la maturité.
Q.
Qu’arrive-t-il si il manque un ou deux aspects?
R.
Théoriquement, il y a huit formes de relations
possibles selon les combinaisons retenues. C’est
la théorie triangulaire de l’amour de Robert
J. Steinberg.
Enfin, l’amour complet réunit les trois aspects.
On le recherche, mais c’est plus facile de l’attendre
que de le faire durer.
Toutes
les relations qui sont susceptibles de s’inscrire
dans la durée sont celles où la dimension
de l’engagement est présente.
Q.
Peut-on développer volontairement ce genre d’amour
?
R.
Bien sûr! Cependant, les deux partenaires doivent
le désirer, les deux doivent être disposés
à changer ou à modifier leur relation. Les
deux doivent également communiquer efficacement.
Q.
Comment faire ?
R.
Il faut se parler, beaucoup, souvent, et choisir le moment
pour le faire. Donc, il faut être deux. Le piège
à éviter est de croire que l’autre
devrait comprendre, que notre message est clair, alors
qu’il ne l’est pas. De la même manière,
on ne doit pas vouloir changer l’autre, lui tirer
les vers du nez, imposer sa demande ou, pire, répondre
à sa place.
Puisqu’il
arrive qu’hommes et femmes ne parlent pas le même
langage, il faudra être patient, être sensible
au non-verbal, se révéler d’abord
soi-même. Avant tout, il faut attendre le moment
favorable ou le provoquer. Il est inutile de parler si
l’autre n’est pas disposé à
écouter. Il faut aussi bien écouter, sans
interrompre l’autre, ni le juger, même si
notre point de vue est différent. À ce sujet,
nous vous référons à notre texte
Écouter pour s’entendre.
Finalement,
il convient de dédramatiser certains conflits,
de s’ajuster, de surmonter la routine et aussi d’avoir
du plaisir ensemble. Et il faut vérifier si notre
message a bien passé, et si nous avons bien compris
ce que l’autre a exprimé.
J’ajouterais,
pour conclure, que vivre en couple demande beaucoup aux
partenaires : ajustements, questionnements, concessions,
communication, imagination et pardon… Mais tout
cela n’est-il pas compensé par d’innombrables
gratifications ?