(page précédente) - La gratitude : un anti-stress par excellence (suite)

 

Réel et visualisé

Pourquoi le fait de visualiser et de s’associer à ce que l’on apprécie profondément a-t-il un tel effet sur nous ? En fait, notre cerveau ne fait pas toujours la différence entre ce qui est réel ou ce qui est imaginé. Cette phrase mérite quelques explications. Avant tout, il est utile d’essayer de comprendre comment nos pensées se forment et influencent directement nos états d’esprits et notre agir. Un exemple nous aidera à mieux comprendre.

Une personne souffre de maux d’estomac et doit passer une gastroscopie, un examen plutôt désagréable pendant lequel on introduit dans l’œsophage un tube pour prélever du tissu de l’estomac afin d’en faire l’analyse. Installé sur la table d’examen, notre patient regarde le personnel s’affairer autour de lui, entend les explications qu’on lui donne, voit le tube en question, toutes des informations parmi tant d’autres qui touchent ses sens. Puis, au moment où le gastro-entérologue se prépare à introduire le tube dans sa bouche, il perd conscience pour ne se réveiller qu’à la fin de l’examen. Interrogé à son réveil, il dira qu’au moment de perdre conscience, il a imaginé sur son écran mental une grosse pince qui descendait dans son estomac pour creuser un trou et arracher un morceau de tissu. Cette image a provoqué en lui une telle peur qu’il en a perdu conscience.

Que s’est-il passé ? D’abord une situation qui constitue le point de départ : l’examen médical. Cette situation, avant d’être représentée au cerveau, traverse et est interprétée par différents filtres de la perception que sont ses sens, ses croyances, ses expériences antérieures, etc. Par la suite, le cerveau reçoit cette information interprétée et la traite sous forme de représentations visuelles, auditives, tactiles, gustatives et/ou olfactives. Dans le cas qui nous intéresse, la personne a littéralement vu dans sa tête une représentation visuelle de la situation sous la forme d’une pince qui allait creuser son estomac.

Cette image a provoqué chez elle de la peur, de la panique même (qui en effet aimerait se faire creuser l’intérieur du corps par une énorme pince), une émotion à laquelle correspondait un état physiologique donné (accélération du rythme cardiaque, de la pression artérielle, transpiration, etc.). Tout cela a déterminé la réaction qu’elle a eue à cet examen et qui s’est reflétée dans son comportement : elle a perdu conscience. Voilà comment une pensée se forme et se reflète ensuite dans un comportement.

Mais le plus curieux, dans l’exemple que nous venons de voir, c’est que même aujourd’hui, lorsque cette personne se remémore l’examen en pensée et s’associe à ces images, aussitôt le même malaise s’empare d’elle et pourrait éventuellement la reconduire à l’évanouissement si elle n’interrompait pas le cours de ses pensées d’une façon ou d’une autre. Elle ne réagit même plus à l’événement, mais au souvenir de celui-ci. Cela nous est tous familier. Ne nous suffit-il pas parfois de repenser à un événement triste pour ressentir à nouveau cette tristesse, même si cet événement est passé depuis longtemps ? Et c’est la même chose quand nous repensons vraiment à des évènements joyeux ou heureux.

Voilà pourquoi revivre les souvenirs de moments heureux, de repenser ou d’imaginer vraiment les situations, les choses, les personnes que nous apprécions le plus dans nos vies, provoque des émotions si bienfaisantes. Nous éprouvons alors le sentiment d’être des êtres vraiment privilégiés, ce que nous sommes finalement si nous prenons le temps de le voir.

Nous passons tellement de temps à imaginer le pire, à anticiper l’avenir et à contacter nos manques, avec les émotions et le stress qui s’en suivent. Nous sommes tellement préoccupés à regarder en avant, vers nos objectifs, que nous pouvons oublier de jeter un œil derrière pour apprécier les acquis et le chemin parcouru. Se remettre régulièrement et même quotidiennement en contact avec les choses réelles de nos vies que nous apprécions et pour lesquelles nous éprouvons de la gratitude n’est qu’une façon, finalement, de nous réapproprier le vrai de nos vies. Il n’est peut-être pas inutile, en terminant, de nous rappeler cette définition du Petit Larousse.

Reconnaissance, n.f.: souvenir, gratitude d’un bienfait reçu.

* Adapté de ROBBINS, Anthony (2001). Get the Edge. Production audio. Robbins Research International. San Diego.

     

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