La
magie du contact
Marc
Vachon, psychologue
Quelle
est selon vous la ressource la plus importante à
votre disposition pour atteindre les objectifs que vous
vous êtes fixés? L’intelligence? La
créativité? Le temps? La confiance en soi?
Tous ces éléments ont sans aucun doute leur
place, mais il n’est pas exagéré de
dire que votre principale ressource, ce sont les autres
personnes.
La
communication efficace avec les autres est une des clés
essentielles pour vous ouvrir les portes de la réussite.
En effet, que vous ayez un projet à mettre de l’avant
dans votre milieu de travail, une réunion de collaborateurs
à animer, des informations à recueillir
auprès de responsables, un téléphone
important ou une demande à faire, vous aurez toujours
besoin des autres. D’où la nécessité
d’établir un rapport d’harmonie, de
confiance, d’accord entre vous et eux.
Se
mettre en rapport est un processus naturel, intuitif bien
souvent. Chacun d’entre nous, d’ailleurs,
a développé avec le temps ses propres moyens
d’entrer en contact, moyens personnels qui réussissent
généralement assez bien quand nous sommes
en présence des autres. Mais il arrive parfois
des situations, que ce soit au travail ou ailleurs, dans
lesquelles, pour une raison ou pour une autre, plus rien
ne fonctionne: la communication est rompue. Ou encore,
nous sommes placés dans des circonstances où
la réussite dépend directement de notre
capacité à entrer rapidement en relation
avec des personnes que nous ne connaissons pas. Dans un
cas comme dans l’autre, nous avons alors besoin
de moyens concrets pour rétablir ou établir
la communication avec l’autre et continuer d’avancer
vers notre objectif.

ÊTRE
EN RAPPORT : UN PROCESSUS
Établir
un contact avec quelqu’un, c’est en fait savoir
susciter chez l’autre une attitude de confiance,
un sentiment d’être compris, parfois même
un courant de sympathie. Le rapport n’est cependant
pas un état qu’on atteint une fois pour toutes,
mais bien un processus en constant changement. Il est
donc primordial de développer sa sensibilité
et son sens de l’observation afin d’évaluer
si on est en contact ou non, et assez de flexibilité
pour s’adapter aux différentes situations.
Mais
comment sait-on si on est en rapport ou non? Cela dépend
de chacun. Plusieurs vont parler de bien-être ou
inversement d’inconfort pour décrire ce qu’ils
ressentent quand le contact est établi ou rompu
avec quelqu’un. C’est à vous d’identifier
personnellement ce qui vous fait dire ou ressentir qu’il
est créé ou non. Servez-vous ensuite de
cela comme d’un «détecteur» pour
vous ajuster en conséquence.
De
plus, les réactions de votre interlocuteur vous
renseignent très bien sur l’efficacité
de votre communication, d’où l’importance
de développer votre sens de l’observation
afin de vérifier si vous avez un impact réel
sur vos partenaires. Pensez à ce collègue
qui continuait à vous entretenir d’un sujet
important pour lui, alors que vous étiez debout
sur le coin d’une porte, prêt à partir,
jetant un regard sur votre montre et essayant de vous
éloigner en mettant un bras dans une manche de
votre imperméable, ne devant finalement votre salut
qu’à la porte de l’ascenseur qui se
refermait sur vous (ouf...). L’intention de cette
personne était peut-être bonne, mais son
ignorance de vos réactions rendait sa communication
complètement inefficace.
CRÉER LE RAPPORT VOLONTAIREMENT
S’il
est primordial d’être attentif à l’effet
que produit votre communication sur l’autre et de
développer un «détecteur» du
rapport pour vérifier si vous êtes sur le
bon chemin, il est tout aussi important de développer
des moyens efficaces qui vous permettront de rétablir
le contact s’il est rompu. Il arrive fréquemment
aussi que vous deviez entrer en contact avec un interlocuteur
avec lequel le rapport est à créer et que
vous ayez peu de temps pour établir le climat de
confiance nécessaire. Par exemple, vous devez passer
une entrevue de sélection pour un emploi ou un
nouveau poste ou, inversement, vous êtes l’interviewer
qui doit recevoir des candidats en entrevue. À
ces moments, les moyens intuitifs que nous utilisons habituellement
ne suffisent pas toujours. Nous avons besoin d’un
répertoire de comportements qui vont nous aider
à créer volontairement ce rapport.
Je
ne vous apprendrai rien en vous disant que c’est
de façon non-verbale que s’établit
l’essentiel du rapport entre deux personnes. Certains
spécialistes de la communication vont même
jusqu’à dire que plus de 90% de celui-ci
se fait de façon non-verbale, donc le plus souvent
inconsciente. Le rapport entre deux individus se crée
donc principalement au delà des mots et de la logique
du discours qui s’adressent à notre partie
consciente. D’où l’utilité de
savoir comment établir et maintenir un rapport
non-verbal avec les autres.
Pour
créer volontairement un rapport, vous devez rapidement
rejoindre la personne sur son propre terrain, en communiquant
avec le même langage verbal et surtout non-verbal
qu’elle. Les professionnels de la communication
vont utiliser pour y arriver un processus très efficace:
la synchronisation.
LE POUVOIR DE LA SYNCHRONISATION
Lors
de votre prochain dîner au restaurant, observez
les gens aux tables voisines et exercez-vous à
deviner ceux qui sont en rapport et ceux qui ne le sont
pas. Votre attention sera probablement attirée
vers ces deux personnes assises en coin, penchées
l’une vers l’autre, appuyées toutes
les deux sur leurs avant-bras, se regardant dans les yeux
et échangeant amicalement. Si vous continuez à
les regarder du coin de l’œil, vous remarquerez
que, lorsque l’une des deux se recule pour s’appuyer
sur sa chaise, l’autre fait de même; ou encore,
si l’une prend son verre de vin, l’autre l’imite.
Vous aurez peut-être l’impression d’assister
à une danse synchronisée dont les protagonistes
sont eux-mêmes inconscients. Ces gens-là
sont-ils en rapport? Bien sûr qu’ils le sont.
Si vous pouviez entendre leur conversation, vous remarqueriez
même qu’ils se parlent sur le même ton
de voix, avec la même intensité. Et si vous
étiez encore plus prêt, vous noteriez que
leur respiration se fait au même rythme, tout comme
leurs pulsations cardiaques. Ne dirait-on pas qu’ils
sont le miroir l’un de l’autre?
Portez
ensuite attention à ces deux personnes attablées
un peu plus loin. L’une parle abondamment, d’une
voix convaincante, avec force gestes. Elle est assise
bien droite, avancée sur le bout de sa chaise,
pendant que l’autre regarde distraitement autour,
comme à la recherche de quelqu’un, joue avec
un ustensile en faisant occasionnellement un signe de
la tête, recule sa chaise et se croise les jambes,
regarde sa montre, marmonne parfois quelques phrases entre
deux soupirs. Gageriez-vous sur les chances de la première
de convaincre la deuxième de son idée? Vous
miseriez sans doute davantage sur ses chances de ne plus
la revoir, n’est ce pas? La simple observation du
langage non-verbal de cette communication vous permet
de savoir de l’extérieur, sans l’ombre
d’un doute, que le contact n’est pas établi
entre ces deux individus.
La
prochaine fois que vous vous retrouverez en contact étroit
avec quelqu’un, que vous vous sentirez en pays de
connaissance avec une personne que vous rencontrez peut
être pour la première fois, prenez un peu
de recul. Vous remarquerez qu’elle est probablement
synchronisée avec vous ou que vous reflétez,
sans vous en être rendu compte jusque là,
certains comportements de l’autre personne, un rythme
ou un timbre de voix, des attitudes corporelles, un vocabulaire
même. Vous vous êtes, sans le savoir, synchronisés
mutuellement l’un sur l’autre.
Une
des plus belles illustrations du pouvoir de la synchronisation
nous est donnée par le parent qui s’approche
du jeune enfant qui s’est fait mal en tombant. Voyez
la scène. L’enfant est assis par terre, inventant
les cris, le visage déformé par des grimaces
de douleur (ou d’humiliation...). Le parent s’avance,
s’assied à côté de l’enfant,
grimace à son tour en disant : « Ouch! Ça
fait mal ça ! ». Le rapport est créé
instantanément et bien souvent, les pleurs cessent
comme par magie, parce qu’on s’est mis à
son niveau et qu’on s’est synchronisé
sur son émotion.

COMMENT
SE SYNCHRONISER
Vous
pouvez mettre en pratique volontairement cette technique
très puissante pour créer un rapport avec
votre vis-à-vis. Il suffit d’adopter progressivement
un ou deux éléments des comportements non-verbaux
de votre interlocuteur, tels que sa posture, le ton et
le rythme de sa voix, l’expression de son visage,
etc. Il n’est pas nécessaire de reprendre
toute la physiologie de l’autre pour créer
le rapport de confiance nécessaire à la
communication efficace.
Par
exemple, au lieu de vous asseoir en face de votre interlocuteur
pour lui montrer quelque chose, asseyez-vous directement
à côté, ou sur le coin d’une
table, si c’est possible, comme vous le faites pour
regarder un album de photographies avec quelqu’un
dans votre salon. Vous êtes alors tous les deux
orientés dans la même direction, vous partagez
le sentiment d’être ensemble au lieu d’être
face à face. C’est plus facile alors de voir
les choses de la même manière, d’être
sur la même longueur d’ondes, d’être
en contact. Si c’est impossible, créez un
pont en vous synchronisant sur sa posture physique. Notez
sa façon de s’asseoir, et adoptez-la lentement.
Reflétez la position droite ou légèrement
inclinée de sa tête.
La
synchronisation sur le ton et le rythme de la voix peut
facilement se faire lorsque vous devez téléphoner
à quelqu’un. En répondant, votre interlocuteur
vous donne tout de suite des indices importants. Si sa
voix est enjouée, rapide et que le ton est haut,
n’espérez pas établir un rapport en
adoptant une voix lente, basse, monocorde. Mettez-vous
tout de suite à son niveau, en le rencontrant sur
son propre terrain; vous vous ajustez alors à la
cadence des pensées de votre correspondant et créez
plus facilement le contact.
Vous
pouvez enfin vous synchroniser verbalement en reprenant
les mêmes mots qu’il utilise, les mêmes
expressions. Carl Rogers, psychologue et psychothérapeute
bien connu, nous a démontré le pouvoir de
l’écoute active pour donner à quelqu’un
le sentiment d’être compris et créer
une relation de confiance. Il s’agit d’écouter
et de reformuler le contenu des idées principales
qui ont été émises. Tout le monde
connaît bien les formules « Si j’ai
bien compris ce que vous dites, vous...» ou «
Si je vous suis bien...» ou « En d’autres
termes, vous croyez que...». Votre interlocuteur
se sent alors écouté, peut corriger s’il
a été mal compris, préciser sa pensée
et apporter de nouvelles informations. En définitive,
l’écoute réceptive est la meilleure
forme de synchronisation pour créer des ponts avec
une autre personne.
En
terminant, retenez que ces comportements en miroir sont
un processus naturel qui survient entre deux personnes
qui communiquent et qu’ils sont l’indice d’un
bon contact. Si vous appliquez la synchronisation volontairement,
c’est pour accélérer l’établissement
d’un rapport dans une situation qui l’exige
ou pour rétablir un contact interrompu. Elle doit
donc se faire discrètement, progressivement, sans
brusquerie. Ne poussez pas le mimétisme trop loin,
particulièrement au niveau des attitudes corporelles.
Les autres pourraient penser que vous vous moquez d’eux
et le rapport serait immédiatement rompu. Évitez
à tout prix, il va sans dire, de refléter
les tics nerveux de votre interlocuteur. Comme je l’ai
mentionné plus haut, il suffit de sélectionner
et de refléter un ou deux éléments
seulement pour exercer un impact puissant sur votre interlocuteur.
VOS
OBJECTIFS… ET CEUX DES AUTRES
Une
fois que vous avez établi le rapport, dirigez-vous
vers votre objectif. La synchronisation n’est pas
un but en soi, mais une étape qui vous permet de
faire un pas de plus vers votre objectif. Quand vous observez
et sentez que la confiance est établie, présentez
vos suggestions, faites votre demande, posez les jalons
qui vous conduiront à ce que vous recherchez dans
et par cette relation.
Nous
l’avons déjà dit: le rapport n’est
pas un état, mais un processus en constant changement.
Vous aurez donc encore besoin de votre sens de l’observation
des comportements non-verbaux de votre interlocuteur et
de votre «détecteur» du rapport pour
en faire une évaluation constante et construire
à partir de là. Tous les bons communicateurs
procèdent de cette façon, que ce soit en
thérapie, en enseignement, en situation de négociation,
de vente, etc.
ÉVITER
LA MANIPULATION
Quand
d’autres individus sont impliqués, la question
de la manipulation
se pose inévitablement. On peut en effet utiliser
ces techniques pour manipuler les autres, mais c’est
sans aucun doute le moyen idéal de s’aliéner
ces personnes pour longtemps.
Vous
comme moi avons eu l’occasion de rencontrer des
vendeurs très sympathiques qui nous ont convaincus
de faire une transaction que nous avons amèrement
regrettée quelques jours plus tard sans pouvoir
revenir en arrière. Que s’était-il
passé? Le vendeur nous avait probablement convaincus
d’aller dans le sens de son objectif à lui,
sans tenir compte vraiment de notre objectif à
nous, d’où le sentiment de s’être
fait manipuler.
La plupart des gens avec qui vous entrez en relation vous
aideront à atteindre l’objectif que vous
visez s’ils peuvent atteindre le leur en même
temps. C’est dans cette seule mesure que le rapport
que vous établirez avec les autres ne sera pas
vécu comme de la manipulation.
Négligez
les objectifs de vos collègues ou de vos employés,
par exemple, pour atteindre les vôtres, et vous
provoquerez immanquablement le ressentiment, les récriminations
à n’en plus finir, leur désir de se
venger et de vous saboter, ouvertement ou par derrière.
Assurez-vous, par contre, de connaître leurs objectifs,
voyez s’ils sont compatibles avec les vôtres,
rencontrez-les sur leur terrain et progressez ensemble
vers vos objectifs respectifs: telle est la clef de la
véritable réussite.
Pour
en savoir davantage :