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Mesdames
et messieurs, nous tenons à vous avertir que le
moment de la vie quotidienne qui suit renferme des scènes
potentiellement dangereuses pour votre santé. Les
personnes souffrant de troubles cardiaques devraient s’abstenir
de lire les prochains paragraphes
Un
immense bien-être s’empare de vous. Vous vous
blottissez sous vos draps chauds et vous apprêtez
à vous rendormir, heureux d’être enfin
samedi... Puis, c’est le drame. Un tintamarre de
cloches électroniques déchire l’air
et une voix féminine digitalisée crie :
Il est six heures trente-deux minutes !
Sans
même réfléchir, vous vous retournez
sur vous-même, tel un contorsionniste du Cirque
du Soleil, libérant le bras emprisonné sous
votre oreiller et lançant dans l’air froid
du matin une main libératrice qui s’abat,
avec une précision de tireur d’élite,
sur snooze. Temps écoulé: 0,8 seconde.
Après avoir cloué le bec à cette
empêcheuse de dormir en rond, le cœur battant
à tout rompre, vous retombez dans votre lit, maudissant
intérieurement celui qui vous a offert ce réveil
parlant qui vous sort du sommeil à tous les jours
de bureau...
BUREAU
! Ai-je dit BUREAU ? Malheur... le samedi vient de fondre
en mardi et les images et les sensations se bousculent
dans votre tête: le plancher froid, les banquettes
d’auto congelées et dures, la circulation
à pas de tortue, la montagne de travail sur votre
bureau, la mine patibulaire de votre patron... Bof ! Un
petit dix minutes de plus et je serai prêt.
Jamais
dix minutes n’auront passé si rapidement.
Il est six heures quarante-deux ! Resnooze! Incapable
de vous motiver à vous lever, vous vous dites que,
de toute façon, vous n’avez pas faim le matin,
que vous avalerez un café à dix heures,
que... que... et vous vous retournez, en paix avec vous-même,
réussissant même à retrouver par moments
les brumes du sommeil.
De délais en délais, votre pensée
vagabonde et vous osez finalement ouvrir le coin d’un
œil sur la journée qui vient... Telle une
bombe qui vous éclate dans la tête, vous
vous rappelez soudainement la réunion avec un client
important que votre patron a organisée pour huit
heures et à laquelle tout le bureau est convié.
En
moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire,
des images plus grandes et plus effrayantes que nature
défilent sur votre écran mental: votre arrivée
en retard à la réunion, les visages réprobateurs
de vos collègues... Douze secondes plus tard, vous
vous retrouvez déjà dans vos pantalons,
l’adrénaline vous sortant par les oreilles.
Et comme si ce n’était pas suffisant, vous
entendez derrière vous : Il est sept heures
trente-deux !, et une voix forte, la vôtre,
retentit dans votre tête: Tanguay! Grouille-toi
imbécile ! Mais ce n’était pas
nécessaire: VOUS VOILÀ UN HOMME MOTIVÉ.
Plus rien ne vous arrête maintenant.
Note
: cette scène d’horreur était
une présentation de OSERCHANGER INFO. Nous tenons
à vous avertir que cette séquence était
jouée par un cascadeur et que vous ne devez pas
essayer de refaire la même chose à la maison
sans entraînement. De retour maintenant à
notre article pour un extrait plus agréable de
la vie quotidienne.
Vous
êtes couchée sur le dos, mais vous ne dormez
plus. En sautant à terre, votre chatte Mimine vous
a réveillée et vous ne parvenez plus à
refermer les yeux. Vous jetez un regard vers votre cadran
lumineux sur la table de chevet: trois heures dix-sept.
Encore 133 minutes avant que le réveil ne sonne...
c’est donc bien long...
À
peine étonnée de la rapidité avec
laquelle votre cerveau a effectué pour vous ce
calcul mental, lui qui a l’habitude de ne fonctionner
qu’après le deuxième café,
vous vous mettez à penser. Le visage souriant de
votre amie apparaît soudainement sur votre écran
intérieur. Vous vous imaginez lui ouvrir la porte
avant même qu’elle n’ait sonné,
sortir sur le perron en tenant votre valise et lancer
un joyeux Je suis prête... en voiture !
Vous voyez votre arrivée à l’aéroport,
l’embarquement dans l’avion… Puis, c’est
l’image de la mer bleue, la sensation de chaleur
du soleil sur votre peau, du vent dans la voile... et
le visage bronzé de José, le skipper mexicain...
Attirée
par les mouvements que vous faites avec votre pied sous
les couvertures, Mimine remonte sur le lit et interrompt
votre rêverie. Trois heures vingt et une...
je ne serai jamais capable de me rendormir, vous
dites-vous intérieurement. Et si je me levais
tout de suite ? Vous voilà déjà debout,
MOTIVÉE !
L’ORIENTATION
DE LA MOTIVATION
De
ces deux exemples amusants, nous pouvons retenir deux
choses: la première, c’est qu’il est
bien plus agréable de se lever pour partir en voyage
que pour aller travailler (toute une trouvaille !). La
deuxième, c’est que nous agissons soit pour
éviter quelque chose - un malaise, un inconfort,
un inconvénient, une souffrance - soit pour atteindre
quelque chose, pour obtenir un avantage, un bien-être,
un plaisir.
Il
en est ainsi pour les levers matinaux comme pour le reste,
qu’il s’agisse de nous mettre en mouvement
pour faire un travail, pour assister à une réunion,
pour rencontrer un client, pour effectuer une réparation
qui s’impose à la maison, pour s’occuper
de ses enfants, etc. C’est ce qu’illustre
la métaphore de la carotte et du bâton.
Les
deux types de motivation peuvent coexister chez chacun
d’entre nous, selon les contextes. Cependant, nous
avons souvent une stratégie qui prédomine
sur l’autre, une sorte de programme mental qui vient
influencer notre action, peu importe les décisions
que nous avons à prendre: certains d’entre
nous sont davantage motivés par le bâton,
par l’évitement; pour certains autres, c’est
la perspective d’une carotte qui les motive davantage.
Reconnaître cette tendance fondamentale chez soi
nous permet de mieux comprendre pourquoi nous agissons
ou n’agissons pas. D’autre part, les avantages
de la reconnaître chez les autres, particulièrement
quand on s’occupe de supervision, de management,
de gestion de personnel, sont évidents.
AVANTAGES
ET INCONVÉNIENTS
Parmi
ceux qui sont motivés par l’évitement,
certains ont un seuil de malaise très bas. Ils
ne tolèrent pas longtemps l’inconfort, ce
qui fait qu’ils sont souvent en action. D’autres,
par contre, ont un seuil de malaise très haut,
ils endurent longtemps avant d’avoir mal, de sorte
qu’il faut presque un désastre avant qu’ils
n’agissent. Ceux-là sont plus difficiles
à motiver.
Rappelez-vous votre stratégie lorsque vous étiez
aux études. Celui qui avait un seuil de malaise
très élevé n’étudiait
que la veille ou le matin de l’examen alors que
celui qui avait un seuil plus bas étudiait d’avance.
Mais les deux pouvaient être motivés par
la même chose: éviter l’échec.
Examinez encore votre stratégie pour aller consulter
un médecin: certains y vont au premier malaise,
d’autres attendent d’être à l’article
de la mort...
Au travail, certains sont allergiques aux problèmes
et agissent rapidement pour les solutionner, alors qu’à
l’autre extrême certains n’agissent
que lorsque la perspective de perdre leur emploi se pointe
à l’horizon: les deux sont motivés
par l’évitement, mais à des degrés
divers. Ceux qui veulent réussir pour ne plus revivre
dans les conditions économiques difficiles de leur
enfance sont un bon exemple d’un usage productif
de ce type de motivation.
À
l’opposé, ceux qui recherchent la carotte
sont motivés par la perspective d’une récompense,
d’un bonus, d’un gain, d’un plaisir,
d’une stimulation. Certains employeurs recherchent
ce type d’individu qui se donne des objectifs et
qui se motive lui-même à les atteindre en
pensant aux gains qu’il va faire. Cet individu a
besoin de sentir que ce qu’il fait l’épanouit,
l’aide à avancer vers des buts précis.
Il aime un emploi dans lequel ils peut aider les autres,
utiliser sa créativité, produire de nouveaux
résultats. Les avantages de cette stratégie
de motivation sont évidents.
UTILISATION
DANS L’ENTREPRISE
Comme
les deux stratégies de motivation comportent des
avantages et des inconvénients, il est important
de les utiliser de façon complémentaire.
Par exemple, une entreprise peut réunir ensemble
ceux et celles qui sont orientés vers le gain pour
planifier ses orientations futures. Après coup,
elle demandera à ceux et celles qui sont orientés
vers l’évitement d’identifier les problèmes
possibles qui pourraient surgir de cette orientation et
de prévoir des solutions. En utilisant efficacement
ces deux groupes, une entreprise s’assure d’une
planification par le haut et par le bas.
Certains
emplois requièrent aussi un type de motivation
plutôt qu’un autre. Il est donc important
que l’employeur clarifie ses besoins au moment de
l’ouverture d’un poste et qu’il fasse
préciser au candidat, lors de l’entrevue
de sélection, le type de motivation qui l’anime.
Comment identifier ce mode de motivation privilégié
au travail ? En le faisant répondre simplement
à ces questions: qu’est-ce qui est important
pour vous dans un (ce) travail? Que recherchez-vous dans
un (ce) travail? Les réponses devraient vous guider
vers son mode privilégié.
Enfin, plutôt que de souhaiter que ses employés
soient différents, le bon manager commence par
identifier leur stratégie de motivation privilégiée
et s’en sert ensuite adéquatement en faisant
bon usage de la carotte et du bâton. À celui
qui est orienté vers l’évitement,
il faudra parler de ce qu’il va perdre, lui dire
les conséquences négatives qu’il ne
manquera pas de s’attirer s’il ne fait pas
telle chose, lui faire voir que les conditions désagréables
actuelles vont empirer. Ces remarques ne rejoindront pas
toutefois celui qui recherche d’abord le plaisir
à qui il faudra plutôt parler de ce qu’il
va gagner, de ce qu’il va pouvoir réaliser,
du bonus qui l’attend, etc.
CHANGER
OU APPRENDRE À S’UTILISER ?
Si
les deux types de motivation ont leurs avantages, notons
toutefois que les inconvénients sont un peu plus
nombreux chez celui qui est du type évitement du
malaise. À partir du principe qu’il n’agit
que pour éviter un malaise, un inconfort, il y
a également un risque qu’il retombe dans
l’inaction dès que le problème sera
moins présent et pas nécessairement lorsque
le problème sera réglé. Quand ce
dernier refera surface, l’anxiété
réapparaîtra à son tour jusqu’à
ce qu’il agisse à nouveau et ainsi de suite
de façon cyclique. Ceux qui doivent éprouver
beaucoup de stress avant d’être motivés
à agir et qui laissent leur anxiété
monter trop haut peuvent voir leur bien-être et
leur santé affectés. Les ulcères,
les maux de tête, les problèmes consécutifs
à une pression artérielle élevée
ne sont pas rares chez ceux qui attendent vraiment d’être
dans un état d’inconfort avant de se décider
à bouger.
Enfin,
l’inconvénient majeur à mon avis que
doivent vivre ceux qui sont animés par ce type
de motivation par évitement, c’est qu’ils
savent ce qu’ils ne veulent pas plutôt que
ce qu’ils veulent, ce qui est la meilleure façon
d’arriver nulle part. Leur attention est davantage
concentrée sur les moyens de ne pas être
malheureux que sur les moyens d’être heureux.
La question devient alors évidente: devons-nous
essayer de nous changer ou apprendre à nous utiliser
comme nous sommes ? Les quelques éléments
que nous venons de donner peuvent parfois être suffisants
pour créer le malaise nécessaire à
un changement et certains moyens que nous utilisons dans
les ateliers de groupe s’avèrent très
efficaces. Par contre, nous pouvons utiliser notre mode
privilégié pour nous pousser plus rapidement
à l’action.
Plutôt
que d’attendre qu’il soit sept heures trente-deux,
comme dans notre exemple du début, en d’autres
termes plutôt que d’attendre que la conséquence
négative soit à notre porte, celui qui est
motivé par l’évitement peut utiliser
la technique suivante et la répéter au besoin.
- Identifier
tout d’abord ce qu’il veut éviter
précisément, concrètement. Quel
est ce pire qu’il ne veut pas voir arriver?
-
Se fermer les yeux et imaginer, sur son écran
mental, que ce pire est présent devant lui,
que c’est arrivé. S’en faire une
image la plus précise et détaillée
possible.
-
Grossir cette image, la rendre plus claire, plus colorée,
plus réelle et plus effrayante que nature,
de façon à faire monter l’anxiété.
-
Imaginer sa voix intérieure qui l’invite
à agir tout de suite, d’une façon
péremptoire, comme si elle lui
donnait un ordre, comme s’il y avait le feu.
-
Ouvrir les yeux et se mettre en mouvement tout de
suite, en posant un geste concret qui va l’éloigner
de cette conséquence négative.
Pour
ceux qui sont animés par le gain, vous pouvez également
vous servir de cette technique pour vous aider à
passer à l’action plus rapidement, en y apportant
toutefois les modifications suivantes.
-
Identifiez tout d’abord ce que vous voulez atteindre
précisément, concrètement. Quel
est votre objectif spécifique.
-
Fermez les yeux et imaginez, sur votre écran
mental, que vous avez atteint votre objectif, que
vous avez réussi. Faites-en une image la plus
précise et détaillée possible.
-
Grossissez cette image, rendez-la plus claire, plus
colorée, plus près de vous, de façon
à faire monter l’excitation.
-
Imaginez un dialogue motivant qui accompagne cette
image, mettez-y de la musique stimulante de façon
à rehausser l’excitation.
-
Ouvrez les yeux et mettez-vous en mouvement tout de
suite, en posant un geste concret qui va vous rapprocher
de cet objectif à atteindre.
Si
vous voulez mieux comprendre cet exercice, relisez attentivement
l’exemple que nous donnions au début de cet
article et qui mettait en scène un individu qui
attendait la dernière minute pour se décider
à se lever et un autre qui ne pouvait attendre
pour se lever. Vous y trouverez une excellente illustration.
CONCLUSION
La
motivation, c’est la capacité d’agir,
non seulement lorsque la situation nous tente, mais surtout
lorsqu’elle n’est pas particulièrement
invitante. D’où l’importance de bien
identifier la stratégie avec laquelle nous nous
mettons en mouvement et d’en tirer profit. Réussissent
le mieux ceux et celles qui savent se servir des deux
types de motivation en même temps, se stimulant
positivement d’une part avec ce qu’il y a
à gagner et se faisant peur avec ce qu’ils
risquent de perdre. Sans doute aussi font-ils leur cette
phrase de Montaigne:
Je
conçois qu’il faille éviter les plaisirs
qui entraînent de grandes douleurs et convoiter
les douleurs qui débouchent sur de grands plaisirs.
POUR
EN SAVOIR DAVANTAGE
NLP
COMPREHENSIVE (1991). NLP: The New Technology of Achievement
Colorado. |