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Motivation
 
Par Marc Vachon , psychologue
 

Mesdames et messieurs, nous tenons à vous avertir que le moment de la vie quotidienne qui suit renferme des scènes potentiellement dangereuses pour votre santé. Les personnes souffrant de troubles cardiaques devraient s’abstenir de lire les prochains paragraphes

Un immense bien-être s’empare de vous. Vous vous blottissez sous vos draps chauds et vous apprêtez à vous rendormir, heureux d’être enfin samedi... Puis, c’est le drame. Un tintamarre de cloches électroniques déchire l’air et une voix féminine digitalisée crie : Il est six heures trente-deux minutes !

Sans même réfléchir, vous vous retournez sur vous-même, tel un contorsionniste du Cirque du Soleil, libérant le bras emprisonné sous votre oreiller et lançant dans l’air froid du matin une main libératrice qui s’abat, avec une précision de tireur d’élite, sur snooze. Temps écoulé: 0,8 seconde.
Après avoir cloué le bec à cette empêcheuse de dormir en rond, le cœur battant à tout rompre, vous retombez dans votre lit, maudissant intérieurement celui qui vous a offert ce réveil parlant qui vous sort du sommeil à tous les jours de bureau...

BUREAU ! Ai-je dit BUREAU ? Malheur... le samedi vient de fondre en mardi et les images et les sensations se bousculent dans votre tête: le plancher froid, les banquettes d’auto congelées et dures, la circulation à pas de tortue, la montagne de travail sur votre bureau, la mine patibulaire de votre patron... Bof ! Un petit dix minutes de plus et je serai prêt.

Jamais dix minutes n’auront passé si rapidement. Il est six heures quarante-deux ! Resnooze! Incapable de vous motiver à vous lever, vous vous dites que, de toute façon, vous n’avez pas faim le matin, que vous avalerez un café à dix heures, que... que... et vous vous retournez, en paix avec vous-même, réussissant même à retrouver par moments les brumes du sommeil.
De délais en délais, votre pensée vagabonde et vous osez finalement ouvrir le coin d’un œil sur la journée qui vient... Telle une bombe qui vous éclate dans la tête, vous vous rappelez soudainement la réunion avec un client important que votre patron a organisée pour huit heures et à laquelle tout le bureau est convié.

En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, des images plus grandes et plus effrayantes que nature défilent sur votre écran mental: votre arrivée en retard à la réunion, les visages réprobateurs de vos collègues... Douze secondes plus tard, vous vous retrouvez déjà dans vos pantalons, l’adrénaline vous sortant par les oreilles. Et comme si ce n’était pas suffisant, vous entendez derrière vous : Il est sept heures trente-deux !, et une voix forte, la vôtre, retentit dans votre tête: Tanguay! Grouille-toi imbécile ! Mais ce n’était pas nécessaire: VOUS VOILÀ UN HOMME MOTIVÉ. Plus rien ne vous arrête maintenant.

Note : cette scène d’horreur était une présentation de OSERCHANGER INFO. Nous tenons à vous avertir que cette séquence était jouée par un cascadeur et que vous ne devez pas essayer de refaire la même chose à la maison sans entraînement. De retour maintenant à notre article pour un extrait plus agréable de la vie quotidienne.

Vous êtes couchée sur le dos, mais vous ne dormez plus. En sautant à terre, votre chatte Mimine vous a réveillée et vous ne parvenez plus à refermer les yeux. Vous jetez un regard vers votre cadran lumineux sur la table de chevet: trois heures dix-sept. Encore 133 minutes avant que le réveil ne sonne... c’est donc bien long...

À peine étonnée de la rapidité avec laquelle votre cerveau a effectué pour vous ce calcul mental, lui qui a l’habitude de ne fonctionner qu’après le deuxième café, vous vous mettez à penser. Le visage souriant de votre amie apparaît soudainement sur votre écran intérieur. Vous vous imaginez lui ouvrir la porte avant même qu’elle n’ait sonné, sortir sur le perron en tenant votre valise et lancer un joyeux Je suis prête... en voiture ! Vous voyez votre arrivée à l’aéroport, l’embarquement dans l’avion… Puis, c’est l’image de la mer bleue, la sensation de chaleur du soleil sur votre peau, du vent dans la voile... et le visage bronzé de José, le skipper mexicain...

Attirée par les mouvements que vous faites avec votre pied sous les couvertures, Mimine remonte sur le lit et interrompt votre rêverie. Trois heures vingt et une... je ne serai jamais capable de me rendormir, vous dites-vous intérieurement. Et si je me levais tout de suite ? Vous voilà déjà debout, MOTIVÉE !

L’ORIENTATION DE LA MOTIVATION

De ces deux exemples amusants, nous pouvons retenir deux choses: la première, c’est qu’il est bien plus agréable de se lever pour partir en voyage que pour aller travailler (toute une trouvaille !). La deuxième, c’est que nous agissons soit pour éviter quelque chose - un malaise, un inconfort, un inconvénient, une souffrance - soit pour atteindre quelque chose, pour obtenir un avantage, un bien-être, un plaisir.

Il en est ainsi pour les levers matinaux comme pour le reste, qu’il s’agisse de nous mettre en mouvement pour faire un travail, pour assister à une réunion, pour rencontrer un client, pour effectuer une réparation qui s’impose à la maison, pour s’occuper de ses enfants, etc. C’est ce qu’illustre la métaphore de la carotte et du bâton.

Les deux types de motivation peuvent coexister chez chacun d’entre nous, selon les contextes. Cependant, nous avons souvent une stratégie qui prédomine sur l’autre, une sorte de programme mental qui vient influencer notre action, peu importe les décisions que nous avons à prendre: certains d’entre nous sont davantage motivés par le bâton, par l’évitement; pour certains autres, c’est la perspective d’une carotte qui les motive davantage.
Reconnaître cette tendance fondamentale chez soi nous permet de mieux comprendre pourquoi nous agissons ou n’agissons pas. D’autre part, les avantages de la reconnaître chez les autres, particulièrement quand on s’occupe de supervision, de management, de gestion de personnel, sont évidents.

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS

Parmi ceux qui sont motivés par l’évitement, certains ont un seuil de malaise très bas. Ils ne tolèrent pas longtemps l’inconfort, ce qui fait qu’ils sont souvent en action. D’autres, par contre, ont un seuil de malaise très haut, ils endurent longtemps avant d’avoir mal, de sorte qu’il faut presque un désastre avant qu’ils n’agissent. Ceux-là sont plus difficiles à motiver.
Rappelez-vous votre stratégie lorsque vous étiez aux études. Celui qui avait un seuil de malaise très élevé n’étudiait que la veille ou le matin de l’examen alors que celui qui avait un seuil plus bas étudiait d’avance. Mais les deux pouvaient être motivés par la même chose: éviter l’échec. Examinez encore votre stratégie pour aller consulter un médecin: certains y vont au premier malaise, d’autres attendent d’être à l’article de la mort...
Au travail, certains sont allergiques aux problèmes et agissent rapidement pour les solutionner, alors qu’à l’autre extrême certains n’agissent que lorsque la perspective de perdre leur emploi se pointe à l’horizon: les deux sont motivés par l’évitement, mais à des degrés divers. Ceux qui veulent réussir pour ne plus revivre dans les conditions économiques difficiles de leur enfance sont un bon exemple d’un usage productif de ce type de motivation.

À l’opposé, ceux qui recherchent la carotte sont motivés par la perspective d’une récompense, d’un bonus, d’un gain, d’un plaisir, d’une stimulation. Certains employeurs recherchent ce type d’individu qui se donne des objectifs et qui se motive lui-même à les atteindre en pensant aux gains qu’il va faire. Cet individu a besoin de sentir que ce qu’il fait l’épanouit, l’aide à avancer vers des buts précis. Il aime un emploi dans lequel ils peut aider les autres, utiliser sa créativité, produire de nouveaux résultats. Les avantages de cette stratégie de motivation sont évidents.

UTILISATION DANS L’ENTREPRISE

Comme les deux stratégies de motivation comportent des avantages et des inconvénients, il est important de les utiliser de façon complémentaire. Par exemple, une entreprise peut réunir ensemble ceux et celles qui sont orientés vers le gain pour planifier ses orientations futures. Après coup, elle demandera à ceux et celles qui sont orientés vers l’évitement d’identifier les problèmes possibles qui pourraient surgir de cette orientation et de prévoir des solutions. En utilisant efficacement ces deux groupes, une entreprise s’assure d’une planification par le haut et par le bas.

Certains emplois requièrent aussi un type de motivation plutôt qu’un autre. Il est donc important que l’employeur clarifie ses besoins au moment de l’ouverture d’un poste et qu’il fasse préciser au candidat, lors de l’entrevue de sélection, le type de motivation qui l’anime. Comment identifier ce mode de motivation privilégié au travail ? En le faisant répondre simplement à ces questions: qu’est-ce qui est important pour vous dans un (ce) travail? Que recherchez-vous dans un (ce) travail? Les réponses devraient vous guider vers son mode privilégié.

Enfin, plutôt que de souhaiter que ses employés soient différents, le bon manager commence par identifier leur stratégie de motivation privilégiée et s’en sert ensuite adéquatement en faisant bon usage de la carotte et du bâton. À celui qui est orienté vers l’évitement, il faudra parler de ce qu’il va perdre, lui dire les conséquences négatives qu’il ne manquera pas de s’attirer s’il ne fait pas telle chose, lui faire voir que les conditions désagréables actuelles vont empirer. Ces remarques ne rejoindront pas toutefois celui qui recherche d’abord le plaisir à qui il faudra plutôt parler de ce qu’il va gagner, de ce qu’il va pouvoir réaliser, du bonus qui l’attend, etc.

CHANGER OU APPRENDRE À S’UTILISER ?

Si les deux types de motivation ont leurs avantages, notons toutefois que les inconvénients sont un peu plus nombreux chez celui qui est du type évitement du malaise. À partir du principe qu’il n’agit que pour éviter un malaise, un inconfort, il y a également un risque qu’il retombe dans l’inaction dès que le problème sera moins présent et pas nécessairement lorsque le problème sera réglé. Quand ce dernier refera surface, l’anxiété réapparaîtra à son tour jusqu’à ce qu’il agisse à nouveau et ainsi de suite de façon cyclique. Ceux qui doivent éprouver beaucoup de stress avant d’être motivés à agir et qui laissent leur anxiété monter trop haut peuvent voir leur bien-être et leur santé affectés. Les ulcères, les maux de tête, les problèmes consécutifs à une pression artérielle élevée ne sont pas rares chez ceux qui attendent vraiment d’être dans un état d’inconfort avant de se décider à bouger.

Enfin, l’inconvénient majeur à mon avis que doivent vivre ceux qui sont animés par ce type de motivation par évitement, c’est qu’ils savent ce qu’ils ne veulent pas plutôt que ce qu’ils veulent, ce qui est la meilleure façon d’arriver nulle part. Leur attention est davantage concentrée sur les moyens de ne pas être malheureux que sur les moyens d’être heureux.
La question devient alors évidente: devons-nous essayer de nous changer ou apprendre à nous utiliser comme nous sommes ? Les quelques éléments que nous venons de donner peuvent parfois être suffisants pour créer le malaise nécessaire à un changement et certains moyens que nous utilisons dans les ateliers de groupe s’avèrent très efficaces. Par contre, nous pouvons utiliser notre mode privilégié pour nous pousser plus rapidement à l’action.

Plutôt que d’attendre qu’il soit sept heures trente-deux, comme dans notre exemple du début, en d’autres termes plutôt que d’attendre que la conséquence négative soit à notre porte, celui qui est motivé par l’évitement peut utiliser la technique suivante et la répéter au besoin.

  1. Identifier tout d’abord ce qu’il veut éviter précisément, concrètement. Quel est ce pire qu’il ne veut pas voir arriver?
  2. Se fermer les yeux et imaginer, sur son écran mental, que ce pire est présent devant lui, que c’est arrivé. S’en faire une image la plus précise et détaillée possible.
  3. Grossir cette image, la rendre plus claire, plus colorée, plus réelle et plus effrayante que nature, de façon à faire monter l’anxiété.
  4. Imaginer sa voix intérieure qui l’invite à agir tout de suite, d’une façon péremptoire, comme si elle lui donnait un ordre, comme s’il y avait le feu.
  5. Ouvrir les yeux et se mettre en mouvement tout de suite, en posant un geste concret qui va l’éloigner de cette conséquence négative.

Pour ceux qui sont animés par le gain, vous pouvez également vous servir de cette technique pour vous aider à passer à l’action plus rapidement, en y apportant toutefois les modifications suivantes.

  1. Identifiez tout d’abord ce que vous voulez atteindre précisément, concrètement. Quel est votre objectif spécifique.
  2. Fermez les yeux et imaginez, sur votre écran mental, que vous avez atteint votre objectif, que vous avez réussi. Faites-en une image la plus précise et détaillée possible.
  3. Grossissez cette image, rendez-la plus claire, plus colorée, plus près de vous, de façon à faire monter l’excitation.
  4. Imaginez un dialogue motivant qui accompagne cette image, mettez-y de la musique stimulante de façon à rehausser l’excitation.
  5. Ouvrez les yeux et mettez-vous en mouvement tout de suite, en posant un geste concret qui va vous rapprocher de cet objectif à atteindre.

Si vous voulez mieux comprendre cet exercice, relisez attentivement l’exemple que nous donnions au début de cet article et qui mettait en scène un individu qui attendait la dernière minute pour se décider à se lever et un autre qui ne pouvait attendre pour se lever. Vous y trouverez une excellente illustration.

CONCLUSION

La motivation, c’est la capacité d’agir, non seulement lorsque la situation nous tente, mais surtout lorsqu’elle n’est pas particulièrement invitante. D’où l’importance de bien identifier la stratégie avec laquelle nous nous mettons en mouvement et d’en tirer profit. Réussissent le mieux ceux et celles qui savent se servir des deux types de motivation en même temps, se stimulant positivement d’une part avec ce qu’il y a à gagner et se faisant peur avec ce qu’ils risquent de perdre. Sans doute aussi font-ils leur cette phrase de Montaigne:

Je conçois qu’il faille éviter les plaisirs qui entraînent de grandes douleurs et convoiter les douleurs qui débouchent sur de grands plaisirs.

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE

NLP COMPREHENSIVE (1991). NLP: The New Technology of Achievement Colorado.

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