Motivation
Le
pouvoir de votre physiologie
Faire
comme si... et se prendre au jeu
Marc
Vachon,
psychologue
On
entend souvent parler de motivation, que ce soit pour
reprocher aux autres d’en manquer ou pour déplorer
de ne pas en avoir davantage, comme si c’était
une chose qu’on a la chance ou non de posséder,
une ressource naturelle qui se raréfie au même
titre que les forêts d’Amazonie. Être
motivé, c’est d’abord un état
d’esprit, comme la confiance en soi, l’optimisme
ou même le bonheur.
Être
motivé, c’est être en mouvement, c’est
sentir en soi quelque chose qui nous anime, qui nous porte
à avancer vers nos objectifs. Ce n’est pas
quelque chose qu’on a une fois pour toutes, mais
plutôt une disposition d’esprit qu’il
faut entretenir sans cesse en créant délibérément
les conditions qui la favorisent. Encore faut-il les connaître!
En
effet, il est bien facile de dire à ses employés,
à ses collègues de travail, à ses
vendeurs, à ses étudiants ou même
à ses enfants de se motiver; mais on oublie souvent
de leur expliquer comment, probablement parce qu’on
l’ignore.
Les
études de John Grinder et de Richard Bandler, tous
deux docteurs en psychologie, ont permis d’en savoir
davantage. En s’intéressant aux caractéristiques
de l’excellence humaine, ils ont essayé de
comprendre, non pas ce que font les gens qui réussissent,
mais plutôt comment ils le font, c’est-à-dire
quels sont les processus, les programmes mentaux qu’ils
utilisent pour réussir dans leur domaine respectif.
Ils se sont aperçu que ces gens, que ce soient
des entrepreneurs à succès, des athlètes
de pointe ou des communicateurs hors pair, ont à
leur disposition un arsenal de moyens qu’ils utilisent,
souvent sans s’en rendre compte consciemment. Ils
ont aussi découvert qu’en reproduisant ces
moyens, on pouvait produire les mêmes résultats.
Ces
deux chercheurs ont ainsi systématisé leurs
observations dans une approche qu’ils ont appelée
Programmation Neuro-Linguistique (PNL) qu’on applique
maintenant avec des résultats très intéressants
dans le monde des affaires, dans l’entreprise et
l’organisation (management, vente, recrutement,
formation), dans la relation d’aide (thérapie,
changement personnel), dans la pédagogie (enseignement,
formation, apprentissage) et dans le domaine de la performance
sportive.
Dans
cet article, nous reviendrons brièvement sur quelques-unes
de ces conditions qui favorisent la motivation et dont
nous avons déjà parlé dans des articles
précédents (voir Qu’est-ce qui vous
motive ? et La motivation et la puissance de vos décisions). Nous vous présenterons
également un moyen pratique que vous pourrez appliquer
concrètement quand vous devez rapidement vous mettre
dans un état d’esprit propice lorsque la
situation l’exige, que ce soit avant de prendre
la parole en public, avant une réunion importante,
au moment de rencontrer un client, votre patron ou tout
simplement au moment de vous mettre à l’ouvrage
sur un projet particulier. Ce moyen vous permettra de
contrôler votre état intérieur et
provoquera la disposition d’esprit nécessaire
pour réussir ce que vous devez faire. Mais auparavant,
revenons sur quelques principes de base.
CONDITIONS FAVORISANT LA MOTIVATION
Une
des premières conditions qui favorisent la motivation,
c’est de savoir clairement ce que l’on veut
et, surtout, de se donner des buts stimulants. Quand on
entre au travail « parce qu’il le faut
bien » ou que son seul objectif est de se rendre
à la fin de la journée ou de la semaine,
il est assez difficile de se sentir motivé. Il
est toujours plus facile de se mettre en branle quand
on sait que ce qu’on va faire aujourd’hui
va nous rapprocher d’un de nos objectifs importants.
D’où l’importance de les formuler adéquatement
et de les réévaluer périodiquement.
Nous ne reviendrons pas sur ce sujet ici, mais nous vous
référons à l’article déjà
mentionné pour une méthode simple de formulation
d’objectifs stimulants (Voir Urgent
besoin de rêves).
Nous
savons aussi à quel point nos croyances sur nous-mêmes,
sur nos capacités, sur les autres, sur la vie en
générale peuvent déterminer nos comportements,
nos façons d’agir et de réagir et
que ces croyances peuvent être paralysantes et nous
empêcher de nous épanouir, d’atteindre
nos objectifs. Rappelons simplement l’essentiel:
nous interprétons la réalité ou les
événements qui surviennent à travers
le filtre de nos croyances, interprétation qui
crée ensuite l’état d’esprit
dans lequel nous sommes. À son tour, cet état
d’esprit crée en nous une physiologie et
le type de comportement que nous allons adopter, comportement
qui va finalement renforcer notre croyance, et ainsi de
suite.
Supposons
que je doive assister à une réunion et que,
dans mon for intérieur, je suis convaincu, non
seulement de son inutilité, mais également
du superflu de ma présence à celle-ci (croyances).
Je m’y présente alors à reculons (état
d’esprit), ce qui me fait adopter une physiologie
particulière et des comportements de désengagement,
de désintérêt, de retrait, d’impatience
même. Ces mêmes comportements renforcent ma
croyance que ma présence est inutile et, en plus,
j’ai tendance à filtrer ce qui se passe et
à concentrer davantage mon attention sur les points
qui me confirment que ces réunions manquent d’intérêt.
La boucle est bouclée et le processus se remettra
en marche à l’annonce de la prochaine réunion.
La seule façon de se sortir de ce cercle vicieux
qui, c’est le moins qu’on peut dire, sabote
nos énergies et constitue une source non négligeable
de démotivation, c’est d’abord de faire
un inventaire de toutes ces certitudes que nous prenons
pour la réalité, certitudes à propos
de nous-mêmes, nos capacités, de notre travail,
de nos collègues, de nos supérieurs, de
nos clients, de l’avenir, de la vie en général
finalement.
Puis,
il faut identifier leurs effets sur nous: nous aident-elles
ou nous mettent-elles plutôt dans un état
d’esprit qui nous conduit à adopter des comportements
qui, à long terme, ont un effet nuisible et démotivant
sur nous. Dans ce dernier cas, il est important de les
modifier et de les remplacer par des croyances qui vont
agir comme un antidote, démarche que nous avons
déjà expliquée ailleurs (voir Changer
quand il le faut : le pouvoir de nos croyances). Mais
voyons maintenant d’autres moyens efficaces pour
contrôler ses états intérieurs.
LE LANGAGE DU CORPS ou LE POUVOIR DE VOTRE PHYSIOLOGIE.
Comment
faites-vous pour déduire qu’une personne
de votre entourage est déprimée, avant même
qu’elle ne le dise? Vous remarquez que ses épaules
sont tombantes et penchées vers l’avant comme
si elle portait le poids du monde, que son regard est
vague et dirigé vers le bas, que sa respiration
est courte, qu’elle soupire parfois longuement,
que son teint est plutôt terne, que sa mine est
sombre, que sa démarche est lente, que son débit
est hésitant. Toute sa physiologie exprime un état
intérieur triste et soucieux.
À
l’inverse, si vous regardez dans un groupe, vous
allez reconnaître l’individu en pleine forme:
son corps et ses épaules sont bien droits, sa respiration
est profonde, son débit est peut-être plus
rapide, son regard est bien haut, ses yeux sont allumés,
rieurs, son teint est rosé, ses mains et ses bras
bougent de façon expressive, il pourra même
rire aux éclats. Tout son corps donc exprime un
niveau d’excitation et d’éveil plus
élevé. Sans connaître l’état
interne de l’individu, sans qu’il ne dise
verbalement quoi que ce soit même, vous pouvez déduire
cet état par la simple observation de sa physiologie.
Cela
indique simplement que notre état intérieur,
nos émotions, les images que nous entretenons,
provoquent un état physiologique correspondant
et déterminent nos comportements. Pour vous en
rendre compte encore davantage, voici une expérience
très simple que je vous invite à faire.
Vous pouvez la faire seul ou demander à une autre
personne de vous observer pendant son déroulement.
Fermez
les yeux et revenez en esprit à une situation ou
une expérience que vous avez vécue et qui
était très pénible... Revivez-la
dans votre esprit... Qu’est-ce qui se passait à
ce moment? Que voyiez-vous? Y avait-il des gens autour
de vous? Qu’est-ce que vous entendiez autour de
vous? Qu’est-ce que vous vous disiez dans votre
tête? Ressentez la scène comme si vous y
étiez... et amplifiez l’émotion en
rendant l’image plus claire encore, en augmentant
les sons... Après quelques instants, après
avoir bien repris contact avec l’expérience
ou la situation pénible, revenez à vous
et secouez-vous un peu pour interrompre ce pénible
état interne.
Si
vous aviez pu prendre du recul pendant l’expérience
ou mieux si vous aviez un observateur, vous auriez fait
la même constatation que tout à l’heure:
votre état interne a provoqué une physiologie
correspondante. C’est ce que j’observe à
chaque fois que je fais cette expérience dans des
groupes de formation: les mines deviennent soucieuses,
les fronts se plissent, une expression de douleur flotte
sur le visage, les épaules se raidissent et se
referment, la respiration devient plus courte.
Prenez
maintenant le temps de faire l’expérience
inverse, seul ou avec un observateur. Fermez les yeux
et revenez en esprit à une situation ou une expérience
vécue dans laquelle vous vous êtes senti
parfaitement confiant, sûr de vos moyens, comme
si vous aviez des ailes, comme si le monde vous appartenait...
Revivez-la dans votre esprit... Qu’est-ce qui se
passait à ce moment? Que voyiez-vous? Y avait-il
des gens autour de vous? Qu’est-ce que vous entendiez
autour de vous? Qu’est-ce que vous vous disiez dans
votre tête? Ressentez la scène comme si vous
y étiez, amplifiez l’émotion et restez
en contact avec ce souvenir quelques instants... Puis,
revenez à vous (ne vous secouez pas trop vite pour
garder quelques instants cet état agréable
avec vous). Encore là, votre physiologie s’est
accordée à votre état interne, ce
que votre observateur a sans doute rapidement constaté.
Dans les groupes, je vois des sourires qui flottent sur
les visages, des corps et des têtes qui se redressent,
des respirations plus amples, etc.
Cette
expérience est d’autant plus intéressante
qu’elle démontre, non seulement que notre
physiologie s’accorde avec notre état intérieur,
mais que notre cerveau interprète les situations
imaginées dans notre esprit comme si elles étaient
réelles. En effet, même si vous étiez
assis sur votre chaise, votre cerveau a réagi à
la situation pénible et à la situation agréable
que vous avez imaginées comme si elles se passaient
maintenant, et non comme si elles étaient survenues
il y a un an, ou peut-être même dix ou vingt.
Le cerveau ne fait pas la différence entre une
situation réelle et une situation imaginée
et, simultanément, il a donné la commande
à votre corps de réagir en conséquence.
Les
implications de cette observation sont nombreuses et mettent
en évidence l’importance des représentations
mentales que nous entretenons dans notre esprit jour après
jour, que ce soit des représentations de situations
et d’expériences vécues ou des représentations
de situations dont nous craignons l’arrivée
dans le futur. Pour le moment, retenons que notre état
intérieur affecte notre physiologie, puisque le
corps et l’esprit font partie du même système.
POUR SE PLACER RAPIDEMENT DANS UN ÉTAT
D'ESPRIT DONNÉ
Si
le corps et l’esprit font partie d’un même
système, cela implique aussi que l’influence
de l’esprit sur le corps ne se fait pas à
sens unique. La physiologie et l’état intérieur
sont inséparables et les deux s’influencent
réciproquement: l’esprit affecte le corps,
comme nous venons de le démontrer, et le corps
affecte l’esprit. Il s’agit d’une boucle
rétroactive, dans laquelle le corps et l’esprit
sont des unités indissociables d’un même
système et non plus des éléments
séparés d’un schéma classique
dans lequel l’un est la cause et l’autre l’effet.
Cela
signifie que si je change un des éléments
du système, l’autre change également.
Si, donc, je veux me mettre dans un état interne
donné, je n’ai qu’à prendre
la physiologie correspondant à cet état
désiré et je provoquerai un changement immédiat
dans mon état d’esprit.
Trop
simple, me direz-vous! Et pourtant vous pouvez le vérifier
quotidiennement dans vos expériences respectives.
En voici un exemple. Vous êtes en plein cœur
d’une discussion mouvementée, passionnée
ou même d’une querelle de ménage et
la mauvaise humeur vous sort par les yeux. On dirait qu’il
n’y a rien pour arrêter l’explosion
fatale. Tout à coup, le téléphone
sonne. Vous marchez à pas lourds, les poings et
les dents serrés. Vous prenez le récepteur
et INSTANTANÉMENT votre voix se radoucit dans un «Oui! Bonjour ! » plus calme et vous
conversez maintenant avec humour avec un de vos meilleurs
amis, de grands éclats de rire ponctuant vos interventions...
au grand étonnement de ceux qui faisaient l’objet
de votre humeur massacrante quelques secondes plus tôt.
Puis
vous raccrochez, le sourire aux lèvres. En reprenant
conscience de l’endroit où vous êtes,
INSTANTANÉMENT vous retrouvez votre humeur où
vous l’aviez laissée et reprenez votre discussion
avec la même intensité. J’imagine qu’un
extra-terrestre aurait peine à comprendre ces extrêmes
chez la même personne. En fait, vous venez de faire
l’expérience de la puissance de la physiologie
sur notre état intérieur.
Les implications de cette constatation dans le domaine
de la motivation ou de la confiance en soi sont évidentes.
Comme nous le disions en début d’article,
la motivation est un état d’esprit et non
une chose que l’on possède une fois pour
toutes. Et chaque état d’esprit a une physiologie
correspondante. La façon dont on bouge les muscles
de notre visage, nos gestes, notre façon de marcher,
le rythme de notre voix, notre façon de respirer,
tous ces éléments déterminent la
façon dont on se sent.
Si
vous vous sentez mal, si vous vous ennuyez, si vous vous
sentez déprimé, décidez d’abord
de sortir de cet état et changez votre façon
de bouger, de respirer. L’effet sera plus immédiat
que de vous répéter sans cesse « Je
me sens bien » et les conséquences moins
désastreuses que de prendre de l’alcool ou
de trop manger, moyens que plusieurs prennent pour se
sortir d’un état donné.
En
terminant, voici une expérience que vous pouvez
faire. Mettez-vous debout et tenez-vous de la même
façon que vous vous tiendriez si vous étiez
complètement motivé, totalement confiant
en vos moyens... Maintenant, respirez comme si vous étiez
complètement motivé, confiant... Jouez ensuite
avec les muscles de votre visage et prenez l’expression
que vous auriez si vous aviez une confiance en vous inébranlable...
Maintenant, marchez dans la pièce de la même
démarche que vous auriez si vous étiez tout
à fait sûr de vos moyens, confiant, parfaitement
motivé... Mettez maintenant dans votre regard l’étincelle
de la parfaite confiance en soi... Très rapidement,
vous allez constater que votre état d’esprit
s’accorde avec cette physiologie.
Vous
avez maintenant en main un outil puissant qu’utilisent
les meilleurs artistes avant un spectacle, les meilleurs
communicateurs avant de rencontrer leur public, les meilleurs
professeurs avant d’entrer en classe, les plus grands
athlètes avant une compétition... Un outil
que vous pouvez aussi utiliser avec profit lorsque vous
devez rencontrer une situation donnée avec toute
l’efficacité dont vous êtes capable
et que vous avez besoin d’un petit extra d’énergie.
C’est aussi ce que vous pouvez faire quand vous
voulez entreprendre votre journée de travail sur
le bon pied.
Crédit
photo : Nicola Frank Vachon