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LES
ENFANTS, LE STRESS ET LA RENTRÉE SCOLAIRE
Par
Marie Bérubé , psychologue

Le
stress est une réponse innée de l’organisme
visant à assurer sa survie. Si un niveau optimal
de stress est nécessaire, que se passe-t-il si
on dépasse ce niveau ? Le stress se définit
parfois par l’agent qui le provoque, et devient
ce qui nous tend, ce qui nous écrase. Il peut désigner
aussi ce sentiment d’être dépassé,
effrayé, par toutes les pressions et les demandes
que nous subissons, et que nous ne sommes plus capables
de traiter.
Beaucoup
d’adultes, de parents, croient que les enfants n’ont
pas de vrais défis à relever, justement
parce qu’ils ne sont que des enfants et, par conséquent,
qu’ils n’éprouvent pas de stress. Rien
n’est plus faux. Le stress est toujours présent
dans le développement, car grandir confronte toujours
avec la nouveauté et l’inconnu. Nous vivons
tous avec un certain stress, et les enfants aussi. Et
parfois, le niveau optimal est largement dépassé.
Des études récentes montrent que 50 à
75 % des enfants d’âge scolaire ont de sérieux
problèmes de stress. Notre monde, en constante
évolution, place les jeunes devant beaucoup plus
de défis qu’autrefois.
Tout
comme les adultes passent une partie importante de leur
vie au travail, les enfants passent aussi plusieurs heures
par jour à la garderie ou à l’école.
Cette dernière est génératrice d’exigences
particulières et stressantes : les études,
les examens, les activités parascolaires, les pressions
aux performances académiques, les relations avec
les pairs et les professeurs. Sans compter les autres
sources de stress à la maison, qui s’ajoutent
à ces pressions. L’estime de soi d’un
enfant est grandement sollicitée à travers
toutes ces exigences et des problèmes.
Il
est important de réaliser que ce ne sont pas tous
les enfants qui peuvent verbaliser spontanément
leurs sentiments et leur stress, leur peur de l’échec,
leur solitude, leur vulnérabilité, leur
peur du rejet et leurs autres préoccupations personnelles.
En fait, il est assez rare qu’ils le fassent. Nous
devons également nous rappeler que la plupart des
enfants manquent de moyens pour faire de l’ordre
et relativiser leurs sentiments. De plus, les sources
de stress varient suivant les enfants. Par exemple, la
première journée d’école peut
être éprouvante pour certains, et pas du
tout pour d’autres. Il en va de même d’autres
situations : l’anticipation d’une fête
d’anniversaire, le nombre de personnes rencontrées
à la fois, le bruit ambiant, la naissance d’un
autre enfant dans la famille peuvent autant générer
de la joie et de l’excitation que de la crainte
ou de l’anxiété.

LES
PRINCIPALES SOURCES DE STRESS
Le
monde d’aujourd’hui, continuellement en mutation,
est pour les enfants beaucoup plus inquiétant qu’il
ne l’était autrefois. Il offre quantité
de stimulations nouvelles, mais aussi beaucoup d’insécurité.
La structure de la famille élargie (grands-parents,
oncles, tantes, cousins, cousines) y est de moins en moins
présente. Il y a en outre de plus en plus de séparations
et de divorces, lesquels constituent toujours un traumatisme
important pour les enfants et une grande menace à
leur sécurité. Une famille sur cinq déménage
chaque année, ce qui signifie la perte des amis,
un nouveau quartier, une nouvelle école. De plus
en plus de mères travaillent à l’extérieur,
ce qui exige des enfants plus d’autonomie et de
responsabilités. Le phénomène de
la violence dans la famille n’est pas sans déranger
les enfants qui en sont témoins ou objets.
À
ces causes viennent s’ajouter les pressions et les
exigences propres de la vie scolaire, les standards de
réussite et même les activités sportives
ou artistiques à l’intérieur desquelles,
plutôt que la détente escomptée, on
retrouve encore des demandes exagérées de
performance. Si la famille ne peut pas, ou ne peut plus
répondre aux demandes de soutien de l’enfant,
où ce dernier peut-il trouver l’écoute,
le support, l’aide dont il a besoin pour se comprendre
lui-même et faire face à la musique ? La
plupart se tournent alors vers leurs amis, qui ne peuvent
offrir ce qu’ils recherchent, car trop souvent,
ils sont aussi stressés qu’eux et tout aussi
inconscients de la signification des symptômes qu’ils
éprouvent.

LES
COMPORTEMENTS ET ATTITUDES QUI RÉVÈLENT
UN PROBLÈME
C’est
souvent dans leurs comportements que les enfants vont
exprimer leurs problèmes. On appelle « acting
out » ces manifestations ou ces conduites inadaptées.
On assiste alors à de l’irritabilité,
de l’agitation, ou même des comportements
violents antisociaux dirigés contre des objets
ou contre les autres. Parfois, il y aura régression,
c’est-à-dire retour en arrière à
des comportements plus jeunes. L’enfant peut, par
exemple, recommencer à sucer son pouce, pleurer
ou se plaindre fréquemment.
Il
peut avoir tendance à être malade plus souvent,
se plaindre de maux de ventre ou de tête au moment
de partir pour l’école. Il peut avoir un
sommeil plus agité, faire des cauchemars, présenter
des problèmes d’appétit. Sa concentration
est souvent faible ; il est « dans la lune »,
absent.
Ces
symptômes ne sont jamais là pour rien. Ce
sont toujours des réactions à des événements
ou à des circonstances particulières. Tant
que les conditions qui les ont provoquées persistent,
il est risqué qu’elles deviennent chroniques.
La plupart du temps, les adultes ne lisent pas le message
correctement, et vont soit punir, soit faire la morale,
pour faire cesser le comportement indésirable,
ce qui isole davantage l’enfant et engendre un cercle
vicieux : de plus en plus de conduites inappropriées,
et davantage de punitions de la part de parents et de
professeurs bien pensants.
Les
enfants sont beaucoup plus sensibles que les adultes au
rejet ou à l’approbation. Devant une réponse
inadéquate du parent, les stresseurs se transforment
petit à petit en peurs et en véritables
phobies.
Certaines
études semblent indiquer que les garçons
sont plus sujets à ces réactions au stress
que les filles, peut-être à cause des normes
culturelles qui mettent davantage de pression sur les
garçons, les incitant à être braves
et forts pour ne pas pleurer ni exprimer leur détresse.

NEUFS
FAÇONS D’AIDER LES ENFANTS À GÉRER
LEUR STRESS
Lorsqu’on
demande aux enfants comment ils pourraient bien s’y
prendre pour résoudre un conflit, ils nous démontrent
par leurs réponses qu’ils peuvent trouver
des stratégies intéressantes, du moins de
façon cognitive, pour gérer leur stress.
Certains
affirment qu’il faut pouvoir en parler à
une grande personne. D’autres parlent d’évitement,
de se distraire en pensant ou en faisant autre chose.
Certains n’ont d’autres ressources que les
pleurs ou la tristesse. Quelques-uns croient qu’il
faut s’imaginer ce qu’il faudrait faire ou
encore se défouler sur les objets ou les autres.
Toutes les stratégies des enfants ne sont pas mauvaises.
Certaines cependant ne règlent rien et les enfants
eux-mêmes sont prêts à l’admettre.
Ce constat étant fait, il sera plus facile de leur
enseigner de bonnes stratégies.
Il
est très important et très urgent d’aider
adéquatement ces enfants. La recherche démontre
en effet que les bonnes stratégies pour gérer
le stress tendent à se maintenir dans l’âge
adulte. Dans la mesure où un moyen est efficace.
Il est maintenu. Il s’agit donc, dans un premier
temps, d’identifier les mauvaises stratégies,
et de les transformer en moyens adéquats et socialement
acceptables.
-
Se maîtriser. Pour aider un enfant stressé,
il faut d’abord maîtriser sa propre anxiété.
Les enfants sont très réceptifs et l’anxiété
se communique très facilement.
-
Être à son écoute. Le support
familial est la principale source d’aide pour
montrer à un enfant à gérer son
stress. D’abord, il faut aider l’enfant
à reconnaître ses propres signaux qui lui
démontrent que son stress n’est plus contrôlable
(insomnies, brusques changements d’humeur, boulimie,
tics nerveux, maux de tête). Parler diminue la
pression. Lui montrer qu’il n’est pas seul,
lui laisser voir que vous éprouvez parfois des
pressions semblables. L’aider à exprimer
ses angoisses. Discuter avec lui de l’école,
de ses apprentissages, de ses amis. L’écoute
active renforce la relation parent-enfant. Visiter son
école, rencontrer ses professeurs et les autres
parents. Cela vous permettra de voir le problème
avec ses yeux et votre enfant sentira que vous vous
préoccupez vraiment de lui.
-
Ne pas minimiser le problème de l’enfant.
Les adultes ont tendance à minimiser les problèmes
de l’enfant. Ce qui importe, ce n’est pas
la signification qu’ils revêtent pour nous,
mais la souffrance réelle de l’enfant.
Même si ses problèmes vous semblent insignifiants,
ils sont très réels et significatifs pour
lui. Il ne faut jamais rire de lui, le ridiculiser ou
être indifférent à ses peurs. Cela
ne veut pas dire d’être totalement investi
dans ses difficultés, mais d’être
ouvert et disponible. Il ne faut ni ignorer, ni surprotéger.
-
Modifier sa routine. Il convient parfois de
faire quelques changements dans ses habitudes pour que
l’enfant puisse relaxer et prendre part à
des activités plaisantes. Le retour à
l’école n’est peut-être pas
le moment idéal pour étudier ou faire
ses devoirs.
-
Bien le préparer. Une bonne préparation
à la rentrée scolaire, ou à toute
autre situation nouvelle permet de diminuer l’anxiété.
Une situation connue est déjà moins anxiogène.
- Du temps pour « décompresser ».
Réserver des moments pour jouer et se reposer
(bonnes habitudes de sommeil). L’encourager et
l’accompagner dans des activités physiques
qui diminuent la tension (natation, jogging, bicyclette,
ballon panier, etc.) 2 à 3 fois par semaine.
Avec certains enfants, cependant, mieux vaut éviter
les activités sportives ou artistiques parascolaires
parce qu’elles sont trop souvent bâties
sur le modèle performant de l’école.
-
Développer sa confiance. Il est important
de permettre à votre enfant de participer à
la solution du problème. Suggérez, guidez,
mais laissez-le décider. Souvenez-vous que le
problème n’est pas le stress lui-même,
mais comment votre enfant y fait face. Construire sa
confiance en lui-même est plus important que supprimer
les causes du stress. Lire avec lui de bons livres sur
le stress, des livres écrits en fonction de son
âge. Ces lectures lui permettront de mieux comprendre
ce qui lui arrive et de trouver des moyens qui s’appliquent
à lui.
-
Apprendre à relaxer. Apprendre, pratiquer
et lui enseigner certaines techniques de relaxation.
Montrer l’exemple en changeant vous-même.
-
Demander de l’aide. Si vous êtes
incapable d’intervenir, d’identifier le
problème, de l’alléger ou de soutenir
l’enfant, n’hésitez pas à
demander l’aide d’un professionnel.
La
gestion du stress et les techniques de résolution
de problème sont des habiletés qui s’apprennent.
Ce que les enfants peuvent apprendre aujourd’hui
au sujet du stress et des frustrations donne un aperçu
de la façon dont ils s’y prendront avec ces
choses pour le restant de leur vie.
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Stress
et réussite scolaire
Il
ne faut pas confondre apprentissage et développement,
performances académiques et réussite.
Les enfants doivent surtout apprendre à
se bien développer. Les meilleurs parents
sont ceux qui favorisent chez eux le sens des
responsabilités, qui les aident à
devenir des enfants motivés, qui pensent
par eux-mêmes et qui sont préparés
au monde réel, tel qu’il est. Aucune
de ces aptitudes, pourtant, n’est mesurable
par les performances académiques. Demandez
à n’importe quel employeur le candidat
qu’il choisira entre un bon travailleur,
qui démontre de la créativité,
des habiletés à résoudre
un problème et de la motivation, et une
personne qui a des bonnes notes à un examen
théorique ?
Trop
de parents mettent énormément de
pression pour obtenir de leurs enfants des succès
académiques et mesurent leur efficacité
parentale par les résultats scolaires et
le niveau académique de leurs enfants.
Il y a souvent une forte corrélation entre
les préoccupations exagérées
pour les performances scolaires des enfants et
le manque de satisfaction dans sa propre vie.
L’enfant devient alors un symbole pour résoudre
les frustrations et les échecs des parents.
Plus
les parents investissent dans leurs exigences,
plus les enfants deviennent rebelles et pleins
de ressentiment. Plus les enfants sont poussés
au succès, plus le stress augmente. De
plus, les enfants saisissent très rapidement
que, plus les autres endossent leurs responsabilités
et leurs problèmes, moins ils ont à
le faire eux-mêmes. Le résultat,
ce sont l’apathie, le retrait, la rébellion
et la colère.
Il
est amusant de constater qu’en général,
lorsque les parents relâchent le contrôle,
l’atmosphère à la maison est
beaucoup plus légère, plus sereine,
plus détendue, et les relations avec les
enfants s’améliorent grandement.
Pousser les enfants ne donne guère de résultats,
et cela crée même un nouveau problème
qui menace la relation.
Il
est beaucoup plus rentable d’accepter les
enfants sans condition, de les soutenir, de les
encourager, de récompenser leurs habiletés
créatrices, leur confiance en eux-mêmes,
leur habileté à résoudre
les problèmes, leur sens des responsabilités,
plutôt que de se centrer sur la performance
à tout prix.
Si
un enfant réussit en deçà
de ses capacités, il faut lui en parler
et l’écouter, mais non lui donner
des ordres ou lui faire des demandes démesurées.
Si
un enfant réclame de l’aide pour
un travail scolaire, donnez-la lui, sans faire
à sa place, par tous les moyens possibles,
mais seulement si vous y trouvez aussi du plaisir.
Si un travail n’est pas remis au professeur,
il est préférable de rester en dehors
de la situation, mais de comprendre et de supporter
les doléances de l’école et
de laisser l’enfant assumer sa responsabilité.
Si
le comportement d’un enfant à l’école
est répréhensible, la plupart du
temps c’est le signe d’un conflit
intérieur. La souffrance peut s’exprimer
ainsi. Il est préférable d’être
à l’écoute de ces signaux
et d’essayer d’en comprendre le sens
plutôt que de sévir.
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Comment
aider l’enfant préscolaire ?
- Le
petit enfant (0–6 ans) ne peut ni analyser,
ni formuler de plans stratégiques. Seul
l’adulte peut le protéger du stress.
Le succès dépend donc de l’habileté
de l’adulte à reconnaître
les signes, à identifier le problème,
à écouter, à faire verbaliser,
à supporter, à rassurer, à
serrer dans ses bras et à démontrer
son affection.
- Il faut ensuite s’attaquer à la
source elle-même. Par exemple, si le stress
de l’enfant est en réaction à
la garderie, il faut tenir l’éducatrice
au courant de votre préoccupation en
lui demandant ce qui, d’après elle,
peut causer le stress de l’enfant et lui
demander de lui offrir réassurance et
protection.
- Développer parallèlement chez
votre enfant une bonne estime de lui-même
en verbalisant votre satisfaction, en l’encourageant
à utiliser des outils verbaux ou autres
adéquats pour faire face à ses
difficultés.
- Donner l’exemple. Les enfants apprennent
par imitation. Gardez votre calme dans les situations
urgentes et les difficultés.
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RÉFÉRENCES
MCKEE,
Steve. « How kids cope : the young deal with stress
as best they know how », American Health,
octobre 1989, vol. 8, n° 8.
ORLANS, Michael. « Supporting our children through
school and stress », Pediatrics for parents,
octobre 1989, vol. 10, n° 10.
SOLBACH, Patricia. « School stress-eight easy ways
to help your child », Pediatrics for parents,
septembre 1989, vol. 10, n° 9 |