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LE RETOUR AU TRAVAIL APRÈS UN BURN-OUT OU UNE DÉPRESSION : développer une attitude gagnante

Par Marie Bérubé, psychologue

Le monde du travail et la vie moderne conduisent fréquemment à cette situation difficile où une personne doit quitter son emploi pour une durée plus ou moins prolongée. Et à celle, non moins pénible de la réinsertion dans le milieu du travail, où la maladie dépressive et l’épuisement sont parfois perçus comme des faiblesses, un manque de volonté, quand ce n’est pas de la complaisance. De plus, les recherches tendent à démontrer que plus l’absence est longue, plus la réintégration est difficile, parfois compromise. Peut-on se préparer à un retour au travail harmonieux ? Bien sûr. Cependant, certaines conditions doivent être présentes, et une préparation adéquate pourra grandement faciliter les choses.

REPOS DU CORPS ET QUESTIONNEMENT PSYCHOLOGIQUE

Tout d’abord, il est essentiel que la récupération physique soit complète. Le suivi médical est primordial. Il ne sert à rien de nier son état, ni de bousculer les choses. On doit prendre le temps, et faire confiance à son médecin. Ce qui veut dire se reposer, dormir, faire de l’exercice, prendre ses médicaments, si nécessaire, bien se nourrir, faire des choses pour soi, se permettre d’avoir du plaisir et être patient, ce qui peut être très difficile pour les personnes normalement actives, et encore plus pour les perfectionnistes… L’activité physique, outre son effet pour restaurer l’énergie, peut constituer une source de valorisation intéressante quand il s’agit de retrouver une certaine estime personnelle. Mais, parallèlement à la récupération du corps, il est aussi essentiel de faire le point sur le plan psychologique. Car il est à peu près certain que l’on risque la rechute à plus ou moins long terme, si on retourne au travail sans avoir identifié les conditions personnelles et environnementales qui ont conduit au bout de nos réserves d’énergie. Car, contrairement à la croyance souvent véhiculée, une personne épuisée n’est pas quelqu’un qui s’écoute trop, mais bien une personne qui ne s’écoute pas assez, qui ne connaît pas ses limites.

VISER L’ÉQUILIBRE : DÉMARCHE COMPLEXE QUI IMPLIQUE DES CHANGEMENTS

Certains peuvent peut-être faire seuls cette démarche, mais ils ne sont pas nombreux. Le recours à une personne-ressource en relation d’aide peut être précieux et favorisera une guérison durable. En effet, cette démarche offrira la possibilité d’une meilleure compréhension des facteurs relevant du tempérament, de la personnalité, des comportements qui ont conduit à l’effondrement des réserves d’énergie, tout comme de ceux qui relèvent de la surcharge de travail, du climat relationnel et de l’organisation, et de ceux qui concernent davantage la vie personnelle, conjugale et familiale. Il est relativement complexe de démêler tout cela, et de faire la part des choses. Mais, pour ne pas avoir à revivre une telle expérience, il est fort avisé de connaître où l’on doit diriger et concentrer ses efforts. La démarche psychologique constitue un outil puissant pour développer un meilleur équilibre dans sa vie, valeur associée au fait d’être heureux. Avoir plus d’équilibre dans sa vie signifie souvent des changements, de nouvelles habitudes et une certaine discipline. Tout cela est impossible sans une prise de conscience éclairée et une bonne motivation. Étant donné l’état de détérioration physique et psychologique de la personne dépressive ou épuisée, il est très aisé de comprendre combien ce soutien externe est souhaitable. De plus, le suivi psychologique va aider à prendre du recul face à la situation. On pourra mettre à profit les rencontres avec le thérapeute pour développer de nouveaux outils, par exemple apprendre à dire « non », et comment s’y prendre, apprendre également de nouvelles techniques pour se protéger du stress et surtout rebâtir son estime de soi.

Tout cela, on peut le concevoir, n’est ni facile, ni rapide. Mais c’est réaliste, sous le contrôle de la personne et très faisable, en y mettant le temps et de la bonne volonté.

LE JOUR J : COMMENT SE FACILITER LES CHOSES LORS DU RETOUR AU TRAVAIL

Lorsque arrive le temps de retourner au travail, une bonne rencontre avec son supérieur pourra peut-être assurer une réinsertion personnalisée et viable pour tout le monde. Soulignons qu’il est utile de discuter ou d’évaluer si un reclassement pourrait être avantageux, tout comme un retour graduel. En effet, de plus en plus d’entreprises favorisent le retour progressif avec réévaluation périodique au besoin. Il n’est pas nécessaire de raconter sa vie, de donner tous les détails de sa démarche thérapeutique, mais par contre une demande claire quant à ses véritables besoins a plus de chance de donner des résultats que le simple fait de s’en remettre au hasard. À toutes les étapes de la réinsertion, le suivi, le soutien des personnes ressources est important.

Arrive donc finalement le jour J, celui où l’on doit retourner soit à son ancien poste soit à un nouveau poste où on a été reclassé. Les préjugés, les vieilles croyances ont la vie dure. Il arrive souvent que la personne, et les collègues vivent un malaise, une certaine gêne lors des premières rencontres. Que peut faire la personne qui revient pour se faciliter les choses ? Il est préférable d’aller spontanément vers ses collègues, même si on peut être tenté de faire le contraire. De prendre de leurs nouvelles, de s’intéresser à eux, de rétablir les ponts. Il ne s’agit pas, bien sûr, de faire comme si on ne s’était pas absenté, mais bien de retrouver les autres, tout comme de retrouver sa place. On peut aussi donner de ses nouvelles, et ouvrir un peu sa porte, dépendamment du confort qu’on éprouve à le faire. Il n’est pas inutile non plus de trouver du soutien à l’intérieur du milieu de travail. Il est très rare qu’on ne trouve pas dans chaque milieu de travail de ces aidants naturels, identifiés comme tels ou non, doués d’une bonne écoute, accueillants, respectueux et aimant spontanément les gens. Si c’est le cas, ne pas hésiter à partager un peu ses appréhensions et ses états d’âme quant à la réinsertion. Qui sait si vous ne deviendrez pas aussi une ressource sinon une référence pour un autre collègue qui aura un peu plus de difficulté dans sa vie professionnelle?

Bien sûr, nul n’a de contrôle sur les attitudes des autres. Le seul contrôle possible réside dans celui de nos propres états d’esprit, de nos propres émotions. Il ne sert donc à rien de se battre pour changer ce sur quoi on n’a pas de contrôle. Il est beaucoup plus efficace et rentable de développer ses propres outils de gestion des émotions.

Dans certains milieux de travail, l’accueil pourra aller de l’acceptation inconditionnelle jusqu’au rejet absolu. Il vaut mieux en être informé et s’y préparer, sans pour autant tellement anticiper les difficultés qu’on risquera de les provoquer par trop de méfiance. Il est très possible de désamorcer chez autrui un discours visant à culpabiliser, à juger, voire à manipuler. Prenez la décision de ne pas adopter une conduite défensive, de ne pas chercher à vous justifier ou à donner des explications. Il s’agit de déstabiliser l’autre personne, qui elle est préparée à argumenter. On peut, par exemple, répondre à des remarques tendancieuses par des formules comme : « C’est une façon de voir… », « C’est votre interprétation … », « Vous avez le droit de le penser… », « J’ai une opinion différente… », « C’est possible pour vous… », « Cela peut arriver », « C’est votre point de vue… ». Il s’agit d’une technique d’auto-défense qui ressemble étrangement à celle utilisée dans les arts martiaux. Habituellement un agresseur s’attend à de la résistance. Il s’y prépare et est toujours en attente de la contre-attaque. Devant quelqu’un qui ne résiste pas, il perd souvent ses moyens.

MAINTENIR LE CAP SUR SES NOUVEAUX OBJECTIFS

Une fois passés les premiers jours du retour au travail, il ne faut surtout pas revenir à ses anciennes habitudes. Tous les changements décidés pour maintenir un bon équilibre, une bonne santé doivent maintenant être appliqués, ce qui signifie vigilance, affirmation de soi et discipline.

En terminant rappelons quelques conseils simples pour conserver une bonne estime de soi, condition essentielle d’une bonne santé mentale (tiré de The ten commandments of Self-Esteem de Catherine Cardinal, chez Andrews McMell Publishing,1998.

  • Tout d’abord, faites-vous confiance. Tenez compte de vos intuitions, de vos émotions de vos malaises tant physiques que psychologiques. Votre corps détient sa propre sagesse et ses signaux de fatigue et de stress.
  • Ne donnez jamais au-delà de vos propres capacités et conservez une partie de vos énergies pour vous-mêmes et pour les imprévus.
  • N’accordez pas trop d’importance à l’opinion des autres, à leurs critiques, à moins que cela ne vienne de quelqu’un que vous respectez et en qui vous avez une grande confiance. Vos valeurs, même si elles sont différentes sont tout aussi importantes et défendables que celles des autres.
  • Sachez dire non. Permettez-vous d’exprimer ce que vous pensez et aussi de parfois changer d’idée.
  • Évitez la compagnie des personnes qui remettent vos valeurs en question et qui vous font vous sentir moins que vous n’êtes.
  • Évitez également la fréquentation des personnes plus dysfonctionnelles que vous. Entourez-vous de gens plaisants, positifs et heureux, de personnes qui vous font du bien et qui sont crédibles à vos yeux.
  • Cessez de chercher des explications aux attitudes et comportements des autres qui n’en ont pas ou qui n’ont aucun rapport avec vous. Concentrez-vous sur vos objectifs et laissez aux professionnels de l’aide le soin de faire leur travail.
  • Soyez bons pour vous-mêmes. Récompensez-vous, félicitez-vous pour vos bons coups.

S’assurer d’avoir bien compris les raisons qui ont mené à l’épuisement est essentiel. Prendre le temps nécessaire pour refaire son énergie et soigner son corps l’est tout autant. S’entourer de toute l’aide nécessaire et poser ses exigences lorsque l’on se connaît mieux est un acte de prévention qui tiendra loin toute récidive. Travailler jour après jour à garder une bonne estime de soi est une sorte de passeport pour le mieux-être. Et surtout il faut rester vigilant à tous les signes physiques comme psychologiques qui sont autant de « lumières rouges » invitant à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Articles complémentaires :

Comment faciliter le retour au travail d'un collègue

Accompagner un conjoint dépressif

 

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