Depuis
le début de l’hiver, en fait dès
que l’obscurité a gagné du terrain,
alors que vous êtes habituellement plein d’énergie
et de vitalité, vous ressentez une grande
fatigue et un désintérêt profond
pour votre travail, vos activités de loisirs
et sociales. Pourtant, vous dormez beaucoup, plus
que nécessaire même, mais avez peine
à vous sortir du lit le matin. Votre humeur
est morose, pour ne pas dire massacrante, vous avez
le goût de rien si ce n’est de manger,
surtout des féculents et des sucreries, pour
lutter contre le froid et gagner un semblant d’énergie.
Vous prenez peut-être du poids, que vous n’arriverez
pas à perdre au complet pendant la belle
saison. Vous vous isolez de vos camarades qui ont
remarqué votre attitude et redoutent parfois
vos sautes d’humeur. Malgré la compréhension
de vos proches, vous vous sentez incapable de donner
le change. Et le scénario se répète
bon an mal an...
Et
si, tout comme un million de canadiens et de canadiennes,
vous souffriez du T.A.S. ou Trouble affectif saisonnier?
Le
trouble affectif saisonnier
Le
T.A.S. porte aussi le nom de dépression saisonnière,
de déprime hivernale ou encore de bleus de
l’hiver (winter blues). Il touche
les personnes vivant dans les régions nordiques,
pendant l’automne et l’hiver, parallèlement
à la diminution des heures de lumière
dans la journée. Beaucoup de personnes, sans
souffrir de T.A.S., ont plus de mal à fonctionner
les mois d’hiver, mais elles y arrivent tout
de même, malgré la fatigue et la baisse
de motivation. D’autres, par contre, sont
plus fortement affectées.
Le
T.A.S. est un trouble récurrent, c’est-à-dire
qu’il revient tous les ans, entre les mois
d’octobre et de mars. Il semblerait que l’élément
déclencheur soit relié aux variations
climatiques, dont la diminution des heures de lumière.
Les alternances de déprime l’hiver
et d’humeur normale l’été
font parfois penser au trouble bipolaire .
Pour
être diagnostiqué T.A.S., il ne doit
pas y avoir d’autre diagnostic possible et,
aussi, absence des facteurs psychosociaux habituellement
reliés aux dépression typiques. En
fait, il est de plus en plus établi que c’est
la chimie du cerveau qui est touchée, dans
le sens d’une incapacité de s’adapter
aux différences d’ensoleillement.
Les
personnes qui reçoivent un diagnostic de
T.A.S.
De
trois à cinq pourcent de la population sont
touchés par le trouble affectif saisonnier.
De ce nombre, 75% sont des femmes, 2 à 3%
des enfants de 10 ans et plus. La plus grande proportion
de femmes s’expliquerait par des liens probables
avec le système hormonal, la grossesse entre
autres, le T.A.S. survenant surtout entre 25 et
45 ans, soit à un âge où les
maternités ainsi que les charges professionnelles
et familiales sont les plus importantes.
Le
T.A.S. peut également toucher des personnes
qui souffrent déjà d’autres
troubles de l’humeur, ce qui complique évidemment
le diagnostic. Il arrive aussi que des travailleurs
de nuit soient touchés, et ce en toute saison,
lorsqu’ils travaillent dans de mauvaises conditions
d’éclairage.
Les
symptômes
Les
symptômes observés sont ceux de toutes
les dépressions. C’est pourquoi l’auto-diagnostic
est délicat. La fatigue prime, malgré
un allongement des heures de sommeil (coucher plus
tôt et lever plus tard que d’habitude).
L’humeur est, soit dépressive, soit
anxieuse, soit changeante. La tristesse est fréquente
et plus importante en soirée. L’appétit
est plus grand et la personne est portée
à manger, surtout des aliments riches en
sucres et en hydrates de carbone. Elle prend du
poids qui s’accumule d’année
en année. La libido diminue et certains malaises
physiques s’installent.
Sur
le plan psychologique, il peut y avoir encore irritabilité,
diminution de la concentration, de la mémoire,
de l’intérêt pour la plupart
des activités habituelles et de l’isolement.
Un sentiment de culpabilité peut s’installer,
ainsi qu’une baisse d’estime de soi,
de confiance en soi et une incapacité à
vivre du plaisir. La personne devient de plus en
plus passive. On peut comprendre que le rendement
de la personne au travail peut être affecté,
et ce de diverses façons, que ce soit en
quantité ou en qualité. Les rapports
avec les autres sont plus rares ou moins agréables
et ce, dans les deux sens. Évidemment, et
heureusement, tous les symptômes ne sont pas
présents chez toutes ni chez la même
personne en même temps.
Attention
à l’auto-diagnostic !
L’aide
d’un professionnel de la santé est
essentielle. En effet, il peut être tout à
fait normal d’éprouver de la souffrance
psychologique à l’occasion, en l’absence
de toute dépression. L’hiver est une
saison qui nous affecte tous d’une manière
ou d’une autre. Personne, en effet, ne se
réjouit de perdre le soleil avant la fin
de l’après-midi. Beaucoup d’activités
sont modifiées seulement pour cette raison.
Certains
des symptômes énumérés
plus haut peuvent également être causés
par d’autres maladies que la dépression.
De plus, il existe au moins une dizaine de sortes
d’états dépressifs ou de dépressions
pouvant présenter des ressemblances avec
le T.A.S. Il y a, par contre, trois symptômes,
parmi ceux nommés plus haut, qui sont atypiques,
c’est à dire inhabituels et fort probablement
associés à un T.A.S., car ils sont
plus souvent absents dans les autres formes de dépression.
Ce sont l’augmentation du temps de sommeil,
de l’appétit et du poids. Pour en avoir
le cœur net, il est toujours préférable
de consulter son médecin.
Un
sommeil de mauvaise qualité
Même
si la personne dort beaucoup, elle a l’impression
de n’être jamais reposée. C’est
sans doute parce qu’il s’agit d’un
sommeil perturbé, d’un sommeil de mauvaise
qualité et moins réparateur qu’un
sommeil normal, malgré une augmentation du
temps de sommeil approchant parfois les 20%. La
personne a de la difficulté à se sortir
du lit, semble fatiguée dès son lever
et éprouve en plus de la somnolence pendant
la journée.
Lorsqu’une
personne souffrant de T.A.S. passe un examen appelé
electro-encéphalogramme (EEG.), on peut constater
ce sommeil perturbé. Mais par contre, l'on
ne retrouve pas dans l’EEG les signes des
autres formes de dépressions, ce qui confirme
le diagnostic.
Les
solutions possibles
Bien
sûr, on peut grandement améliorer le
sort des personnes atteintes. Le seul fait de connaître
la nature de son problème, le diagnostic,
les causes et de savoir également qu’un
traitement est possible est déjà réconfortant
pour la personne touchée. Cela soulage de
l’inquiétude éprouvée
à l’idée d’être
victime d’une forme héréditaire
ou encore plus débilitante de dépression.
La personne a le sentiment de pouvoir reprendre
le contrôle de sa vie, avec tous les effets
que cela peut avoir sur son estime d ‘elle-même.
Le
traitement comme tel est simple et multiple. D’abord,
il y a le traitement par la lumière appelé
photothérapie ou luminothérapie.
Il s’agit en fait de s’exposer quotidiennement
à une forte intensité lumineuse, les
yeux ouverts, entre 30 minutes et deux heures. Cette
exposition peut se faire alors que l’on est
occupé à n’importe quelle activité,
en travaillant à l’ordinateur par exemple.
Il n’y a pas d’effet secondaire ni de
danger d’aucune sorte pour la santé
(les rayons UV sont filtrés).
Il
s’agit en l’occurence de lampes spéciales
qui répondent à des normes précises.
Plusieurs modèles sont disponibles, par exemple
des lampes de bureau, des plafonniers ou des lampes
compactes pour les voyages, etc. Elles sont destinées
aux particuliers comme aux professionnels. Il existe
même de grandes lampes permettant d’offrir
des séances de luminothérapie à
plusieurs personnes à la fois. Le principe
en est très simple et s’inspire du
modèle médical. C’est un peu
comme l’insuline pour le diabétique
: le cerveau ne fournirait pas la bonne réponse
au manque de lumière et la luminothérapie
viendrait corriger les symptômes dépressifs.
Il n’est pas nécessaire non plus que
la séance soit plus longue que le temps suggéré,
car il n’y aurait pas plus de résultat.
Il semble que les personnes éprouvant beaucoup
de difficulté à se lever le matin
soient aussi celles qui répondraient le mieux
au traitement par la luminothérapie.
Cette
dernière permettrait également une
diminution de l’appétit, ce qui souvent
est souhaitable. Par ailleurs, la diète a
aussi son importance. Certains aliments aident à
combattre la fatigue, l’irritabilité,
la nervosité, l’anémie, les
problèmes de mémoire et d’insomnie,
de même que le manque de résistance
au stress. Ce sont les aliments riches en magnésium
(amandes, noix et noisettes, chocolat),
en fer (viandes rouges, légumes verts,
moules) et en vitamine du groupe B (céréales
complètes, huiles végétales,
légumineuses). La diète, de même
que l’exercice, ont un effet sur le contrôle
de l’humeur, le poids et la condition physique.
La
prudence est de mise avec les anti-dépresseurs
Les
anti-dépresseurs peuvent aider, c'est certain,
mais il convient de les aborder avec prudence. D’abord,
un diagnostic précis est nécessaire.
Dans les cas de T.A.S., les anti-dépresseurs
traditionnels pourraient même en accentuer
les symptômes. Mais certains autres sont très
efficaces assez rapidement et n’entraînent
pas ou très peu d’effets secondaires.
Certains médecins conseillent même
de commencer le traitement à l'automne, avant
l’apparition des premiers signes de T.A.S.,
puisque l'on sait que c’est un problème
récurrent et qu’il affecte parfois
de façon très importante la vie d’une
personne et pour une longue période.
Les
approches plus douces ont toujours une place de
choix
Quelques
mesures très simples amélioreront
grandement la condition de la personne aux prises
avec le T.A.S. pendant la période hivernale.
-
L’activité physique et/ou la pratique
d’un sport (la course en particulier) libèrent
des endorphines et de la sérotonine dans
le cerveau, ce qui diminue la tension, les douleurs
et entraîne une certaine euphorie, diminuant
donc les sentiments dépressifs.
-
Profiter au maximum de la lumière du jour,
soit le matin et le midi, pour bouger à
l’extérieur.
-
Communiquer avec les autres. À ce titre,
exprimer ses émotions plutôt que
de les refouler est très thérapeutique.
D’ailleurs, la psychothérapie est
d’un secours certain.
- Rire
le plus souvent possible. Rire
augmente aussi la sécrétion d’endorphines.
Regarder des films comiques, fréquenter
des personnes positives ayant le sens de l’humour
sont des exemples d’occasions de rire.
En
terminant, disons seulement que le T.A.S. pose encore
un certain nombre de questions aux chercheurs. Les
trois symptômes atypiques (augmentation de
l’appétit, du poids et du temps de
sommeil) font à peu près consensus.
L’importance de la lumière dans nos
vies est plus que certaine. On construit d'ailleurs
de moins en moins d'édifices aux vitres fumées
ou teintées étant donné l’effet
déplaisant sur les travailleurs d’une
lumière tamisée ou non claire. De
plus, la plupart des gens préfèrent
un espace de travail comportant une fenêtre
plutôt qu’une pièce fermée.
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