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Santé psychologique

Par Marie Bérubé, psychologue
 

Depuis le début de l’hiver, en fait dès que l’obscurité a gagné du terrain, alors que vous êtes habituellement plein d’énergie et de vitalité, vous ressentez une grande fatigue et un désintérêt profond pour votre travail, vos activités de loisirs et sociales. Pourtant, vous dormez beaucoup, plus que nécessaire même, mais avez peine à vous sortir du lit le matin. Votre humeur est morose, pour ne pas dire massacrante, vous avez le goût de rien si ce n’est de manger, surtout des féculents et des sucreries, pour lutter contre le froid et gagner un semblant d’énergie. Vous prenez peut-être du poids, que vous n’arriverez pas à perdre au complet pendant la belle saison. Vous vous isolez de vos camarades qui ont remarqué votre attitude et redoutent parfois vos sautes d’humeur. Malgré la compréhension de vos proches, vous vous sentez incapable de donner le change. Et le scénario se répète bon an mal an...

Et si, tout comme un million de canadiens et de canadiennes, vous souffriez du T.A.S. ou Trouble affectif saisonnier?

Le trouble affectif saisonnier

Le T.A.S. porte aussi le nom de dépression saisonnière, de déprime hivernale ou encore de bleus de l’hiver (winter blues). Il touche les personnes vivant dans les régions nordiques, pendant l’automne et l’hiver, parallèlement à la diminution des heures de lumière dans la journée. Beaucoup de personnes, sans souffrir de T.A.S., ont plus de mal à fonctionner les mois d’hiver, mais elles y arrivent tout de même, malgré la fatigue et la baisse de motivation. D’autres, par contre, sont plus fortement affectées.

Le T.A.S. est un trouble récurrent, c’est-à-dire qu’il revient tous les ans, entre les mois d’octobre et de mars. Il semblerait que l’élément déclencheur soit relié aux variations climatiques, dont la diminution des heures de lumière. Les alternances de déprime l’hiver et d’humeur normale l’été font parfois penser au trouble bipolaire .

Pour être diagnostiqué T.A.S., il ne doit pas y avoir d’autre diagnostic possible et, aussi, absence des facteurs psychosociaux habituellement reliés aux dépression typiques. En fait, il est de plus en plus établi que c’est la chimie du cerveau qui est touchée, dans le sens d’une incapacité de s’adapter aux différences d’ensoleillement.

Les personnes qui reçoivent un diagnostic de T.A.S.

De trois à cinq pourcent de la population sont touchés par le trouble affectif saisonnier. De ce nombre, 75% sont des femmes, 2 à 3% des enfants de 10 ans et plus. La plus grande proportion de femmes s’expliquerait par des liens probables avec le système hormonal, la grossesse entre autres, le T.A.S. survenant surtout entre 25 et 45 ans, soit à un âge où les maternités ainsi que les charges professionnelles et familiales sont les plus importantes.

Le T.A.S. peut également toucher des personnes qui souffrent déjà d’autres troubles de l’humeur, ce qui complique évidemment le diagnostic. Il arrive aussi que des travailleurs de nuit soient touchés, et ce en toute saison, lorsqu’ils travaillent dans de mauvaises conditions d’éclairage.

Les symptômes

Les symptômes observés sont ceux de toutes les dépressions. C’est pourquoi l’auto-diagnostic est délicat. La fatigue prime, malgré un allongement des heures de sommeil (coucher plus tôt et lever plus tard que d’habitude). L’humeur est, soit dépressive, soit anxieuse, soit changeante. La tristesse est fréquente et plus importante en soirée. L’appétit est plus grand et la personne est portée à manger, surtout des aliments riches en sucres et en hydrates de carbone. Elle prend du poids qui s’accumule d’année en année. La libido diminue et certains malaises physiques s’installent.

Sur le plan psychologique, il peut y avoir encore irritabilité, diminution de la concentration, de la mémoire, de l’intérêt pour la plupart des activités habituelles et de l’isolement. Un sentiment de culpabilité peut s’installer, ainsi qu’une baisse d’estime de soi, de confiance en soi et une incapacité à vivre du plaisir. La personne devient de plus en plus passive. On peut comprendre que le rendement de la personne au travail peut être affecté, et ce de diverses façons, que ce soit en quantité ou en qualité. Les rapports avec les autres sont plus rares ou moins agréables et ce, dans les deux sens. Évidemment, et heureusement, tous les symptômes ne sont pas présents chez toutes ni chez la même personne en même temps.

Attention à l’auto-diagnostic !

L’aide d’un professionnel de la santé est essentielle. En effet, il peut être tout à fait normal d’éprouver de la souffrance psychologique à l’occasion, en l’absence de toute dépression. L’hiver est une saison qui nous affecte tous d’une manière ou d’une autre. Personne, en effet, ne se réjouit de perdre le soleil avant la fin de l’après-midi. Beaucoup d’activités sont modifiées seulement pour cette raison.

Certains des symptômes énumérés plus haut peuvent également être causés par d’autres maladies que la dépression. De plus, il existe au moins une dizaine de sortes d’états dépressifs ou de dépressions pouvant présenter des ressemblances avec le T.A.S. Il y a, par contre, trois symptômes, parmi ceux nommés plus haut, qui sont atypiques, c’est à dire inhabituels et fort probablement associés à un T.A.S., car ils sont plus souvent absents dans les autres formes de dépression. Ce sont l’augmentation du temps de sommeil, de l’appétit et du poids. Pour en avoir le cœur net, il est toujours préférable de consulter son médecin.

Un sommeil de mauvaise qualité

Même si la personne dort beaucoup, elle a l’impression de n’être jamais reposée. C’est sans doute parce qu’il s’agit d’un sommeil perturbé, d’un sommeil de mauvaise qualité et moins réparateur qu’un sommeil normal, malgré une augmentation du temps de sommeil approchant parfois les 20%. La personne a de la difficulté à se sortir du lit, semble fatiguée dès son lever et éprouve en plus de la somnolence pendant la journée.

Lorsqu’une personne souffrant de T.A.S. passe un examen appelé electro-encéphalogramme (EEG.), on peut constater ce sommeil perturbé. Mais par contre, l'on ne retrouve pas dans l’EEG les signes des autres formes de dépressions, ce qui confirme le diagnostic.

Les solutions possibles

Bien sûr, on peut grandement améliorer le sort des personnes atteintes. Le seul fait de connaître la nature de son problème, le diagnostic, les causes et de savoir également qu’un traitement est possible est déjà réconfortant pour la personne touchée. Cela soulage de l’inquiétude éprouvée à l’idée d’être victime d’une forme héréditaire ou encore plus débilitante de dépression. La personne a le sentiment de pouvoir reprendre le contrôle de sa vie, avec tous les effets que cela peut avoir sur son estime d ‘elle-même.

Le traitement comme tel est simple et multiple. D’abord, il y a le traitement par la lumière appelé photothérapie ou luminothérapie. Il s’agit en fait de s’exposer quotidiennement à une forte intensité lumineuse, les yeux ouverts, entre 30 minutes et deux heures. Cette exposition peut se faire alors que l’on est occupé à n’importe quelle activité, en travaillant à l’ordinateur par exemple. Il n’y a pas d’effet secondaire ni de danger d’aucune sorte pour la santé (les rayons UV sont filtrés).

Il s’agit en l’occurence de lampes spéciales qui répondent à des normes précises. Plusieurs modèles sont disponibles, par exemple des lampes de bureau, des plafonniers ou des lampes compactes pour les voyages, etc. Elles sont destinées aux particuliers comme aux professionnels. Il existe même de grandes lampes permettant d’offrir des séances de luminothérapie à plusieurs personnes à la fois. Le principe en est très simple et s’inspire du modèle médical. C’est un peu comme l’insuline pour le diabétique : le cerveau ne fournirait pas la bonne réponse au manque de lumière et la luminothérapie viendrait corriger les symptômes dépressifs. Il n’est pas nécessaire non plus que la séance soit plus longue que le temps suggéré, car il n’y aurait pas plus de résultat. Il semble que les personnes éprouvant beaucoup de difficulté à se lever le matin soient aussi celles qui répondraient le mieux au traitement par la luminothérapie.

Cette dernière permettrait également une diminution de l’appétit, ce qui souvent est souhaitable. Par ailleurs, la diète a aussi son importance. Certains aliments aident à combattre la fatigue, l’irritabilité, la nervosité, l’anémie, les problèmes de mémoire et d’insomnie, de même que le manque de résistance au stress. Ce sont les aliments riches en magnésium (amandes, noix et noisettes, chocolat), en fer (viandes rouges, légumes verts, moules) et en vitamine du groupe B (céréales complètes, huiles végétales, légumineuses). La diète, de même que l’exercice, ont un effet sur le contrôle de l’humeur, le poids et la condition physique.

La prudence est de mise avec les anti-dépresseurs

Les anti-dépresseurs peuvent aider, c'est certain, mais il convient de les aborder avec prudence. D’abord, un diagnostic précis est nécessaire. Dans les cas de T.A.S., les anti-dépresseurs traditionnels pourraient même en accentuer les symptômes. Mais certains autres sont très efficaces assez rapidement et n’entraînent pas ou très peu d’effets secondaires. Certains médecins conseillent même de commencer le traitement à l'automne, avant l’apparition des premiers signes de T.A.S., puisque l'on sait que c’est un problème récurrent et qu’il affecte parfois de façon très importante la vie d’une personne et pour une longue période.

Les approches plus douces ont toujours une place de choix

Quelques mesures très simples amélioreront grandement la condition de la personne aux prises avec le T.A.S. pendant la période hivernale.

  • L’activité physique et/ou la pratique d’un sport (la course en particulier) libèrent des endorphines et de la sérotonine dans le cerveau, ce qui diminue la tension, les douleurs et entraîne une certaine euphorie, diminuant donc les sentiments dépressifs.
  • Profiter au maximum de la lumière du jour, soit le matin et le midi, pour bouger à l’extérieur.
  • Communiquer avec les autres. À ce titre, exprimer ses émotions plutôt que de les refouler est très thérapeutique. D’ailleurs, la psychothérapie est d’un secours certain.
  • Rire le plus souvent possible. Rire augmente aussi la sécrétion d’endorphines. Regarder des films comiques, fréquenter des personnes positives ayant le sens de l’humour sont des exemples d’occasions de rire.

En terminant, disons seulement que le T.A.S. pose encore un certain nombre de questions aux chercheurs. Les trois symptômes atypiques (augmentation de l’appétit, du poids et du temps de sommeil) font à peu près consensus. L’importance de la lumière dans nos vies est plus que certaine. On construit d'ailleurs de moins en moins d'édifices aux vitres fumées ou teintées étant donné l’effet déplaisant sur les travailleurs d’une lumière tamisée ou non claire. De plus, la plupart des gens préfèrent un espace de travail comportant une fenêtre plutôt qu’une pièce fermée.


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