Gérer
mon temps... gérer ma vie
Marc
Vachon, psychologue
Qu'on
travaille dans un bureau, dans une usine, dans un centre
hospitalier, dans une maison d'enseignement, à
la maison ou ailleurs, il nous arrive tous de nous retrouver,
à la fin d'une journée, complètement
épuisés, avec l'impression de n'avoir rien
fait qui vaille, occupés inlassablement à
éteindre des feux.
Tiraillés
entre les téléphones à faire, les
rendez-vous, le travail qui s'accumule, le transport,
la vie de famille et ses aléas, les commissions,
le ménage, il nous reste bien souvent juste assez
d'énergie pour nous étendre devant le téléviseur
et pour «zapper» d'une chaîne à
l'autre jusqu'au moment d'aller au lit.
Ne
distinguant pas les tâches qui comptent de celles
qui comptent moins, et mettant ainsi tout ce qui se présente
sur le même plan, nous manquons alors de temps et
remettons à plus tard un tête-à-tête,
une lecture, un voyage, un projet de livre, une «rencontre
sur l'oreiller», une soirée entre amis, un
spectacle, un hobby, un rêve. Le stress augmente,
les insatisfactions s'accumulent, la mauvaise humeur s'installe,
les problèmes digestifs et les troubles du sommeil
apparaissent et... la vie passe.
Qu’est-ce
que le temps personnel
Bien
sûr, nous ne pouvons pas toujours décider
seul la façon dont nous allons investir notre temps.
Bien des contraintes nous dictent l'utilisation que nous
devons en faire. Mais il y a place pour des choix personnels
et, jusqu'à un certain point, le contrôle
du temps est entre nos mains.
Le
temps d'éveil d'une journée moyenne peut
se répartir entre trois types d'activités
principaux. Le premier comprend toute l'énergie
que nous devons dépenser pour «gagner notre
vie», pour survivre et pour nous procurer un peu
de confort. Selon notre emploi et suivant que nous l'occupions
à temps complet ou partiel, nous dépensons
entre le quart et la moitié de notre énergie
psychique dans ce type d'activités productives.
Ensuite,
nous engageons environ le quart de notre temps dans des
activités de subsistance (manger, nous reposer,
nous laver, etc) et d'entretien domestique (nettoyer,
cuisiner, faire les emplettes et autres travaux...).
Le
temps qui reste, un autre quart environ, est du temps
personnel, du temps libre, du temps que nous pouvons consacrer
à notre développement personnel, pour apprendre,
pour créer, etc. Dans notre société,
cependant, ce temps libre est occupé surtout par
la consommation des médias, la télévision
avant toute chose (une moyenne de 26 heures par semaine,
par québécois, selon les derniers sondages)
et un peu de lecture des quotidiens et des magazines.
Ce qui reste, entre quatre et douze heures par semaine,
est utilisé de façon plus active dans des
hobbies, la musique, le sport, l'exercice, le cinéma
et le restaurant.
En
résumé, donc, notre vie est faite des expériences
que nous retirons de notre temps de travail, des activités
de subsistance et d'entretien, et de tout ce que nous
faisons de nos temps libres. D'où l'importance
d'employer notre temps personnel de façon à
ce que notre vie ressemble, comme disait le philosophe,
à une oeuvre d'art.
Depuis
longtemps les spécialistes s'intéressent
à la gestion du temps et il nous semble pertinent
de rassembler ici quelques-unes de leurs idées
maîtresses afin de nous aider à mieux profiter
de la vie.
Qu’attendez-vous de la vie ?
C'est
prouvé, le succès vient à ceux qui
savent ce qu'ils veulent. En déterminant ce que
vous voulez de façon précise, spécifique,
vous faites un grand pas pour donner un sens à
votre existence et pour mieux occuper votre temps en vous
donnant un barème pour évaluer ce dans quoi
vous investissez votre temps.
Pour
une façon de se donner des objectifs stimulants,
nous vous référons à notre texte
Urgent
besoin de rêves. Mais vous pouvez déjà
faire un petit exercice. Prenez un bout de papier et écrivez
tout ce que vous jugez important de faire pendant l'année
qui vient, sans restriction: refaire la cuisine, retourner
aux études, déménager, apprendre
une autre langue, faire la route des vins ou visiter la
Provence, changer d'emploi, etc. Soyez spécifique
et concret. Votre liste sera peut-être longue et
comprendra beaucoup plus d'éléments que
vous êtes capable d'en faire. Qu'à cela ne
tienne! Vous résoudrez ces conflits à l'étape
suivante.
Vos
valeurs et vos priorités.
Il
est fort probable qu'au moment de mourir, très
peu d'entre nous vont se rappeler avec satisfaction les
longues heures passées à écouter
la télévision. Nous allons plutôt
regretter de ne pas avoir occupé notre temps à
faire des choses épanouissantes. D'où l'importance,
dès aujourd'hui, de nous pencher sur nos valeurs.
C'est
difficile pour plusieurs de décider, particulièrement
lorsqu'ils sont confrontés à des besoins
contradictoires. En prenant conscience de ce qui est,
présentement, le plus important pour vous, il vous
sera plus facile d'établir des priorités,
car vous aurez en tête un outil pour mesurer l'importance
relative de vos objectifs.
Commencez
donc par éliminer de votre liste les objectifs
confus ou irréalistes ou dont la réalisation
ne dépend pas de vous. Puis, sélectionnez
trois objectifs majeurs en leur donnant la cote A1, A2
et A3. Cette énumération n'est évidemment
pas figée dans le ciment, pas plus que la vie,
et vous aurez probablement à la réviser
périodiquement, pour tenir compte de votre réalité
changeante. Mais en cernant ce qu'il y a de plus important
dans votre vie présentement, vous pourrez plus
facilement passer à l'étape suivante.
Une
bonne question à se poser.
À
différents moments de la journée, quand
vous avez des temps libres, demandez-vous: quelle
est, présentement, la meilleure façon d'occuper
mon temps? Si c'est de faire ce que vous êtes
en train de faire, poursuivez. Sinon, vous avez une décision
à prendre: continuer à perdre votre temps
ou vous mettre en mouvement pour accomplir une activité
en relation avec vos priorités.
Faites
des listes intelligentes
Prenez
quelques minutes, le soir ou le matin, pour faire une
liste de toutes les activités que vous voulez accomplir
le lendemain ou le jour même et gardez-là
à portée de la main. Accordez la cote A
aux activités de la liste qui vont vous permettre
d'aller dans le sens de vos objectifs les plus importants,
sans oublier les urgences auxquelles nous n'échappons
pas. Puis donnez une cote B aux activités
moins importantes. Comme il va y avoir plusieurs A
sur votre liste, numérotez-les par ordre d'importance
(A1 - A2 - A3...).
L'idée
n'est pas de s'obliger à faire tout ce qui est
d'inscrit sur votre liste et de vous culpabiliser si vous
n'y réussissez pas, mais de vous rappeler d'accomplir
en priorité les activités cotées
A, puisque ce sont celles qui vous rapprochent
de ce qui est important pour vous. Les plus visuels trouveront
encourageant de rayer à mesure au marqueur de couleur
les activités de la liste qu'ils ont réussi
à faire.
Le
soir venu, ou à la fin de la semaine, faites un
bilan et voyez si vous avez bien occupé votre temps
ou si, plutôt, vous l'avez perdu dans des occupations
moins importantes (cote B). Mais dans tous les
cas...
...reconnaissez
que vous ne pouvez pas tout faire.
La
journée d'aujourd'hui ne suffira pas pour faire
tout ce que vous voulez, et il en sera ainsi encore demain.
Vous avez fait un grand pas lorsque vous acceptez de ne
pouvoir tout faire. Chaque jour suffit sa peine, dit-on.
Reportez
alors sur la liste du lendemain les activités que
vous n'avez pu réaliser ainsi que celles que vous
désirez exécuter demain, tout en tenant
compte, encore une fois, de vos objectifs personnels.
Peut-être en éliminerez-vous alors certaines
qui comptent moins maintenant ou qui ne sont tout simplement
plus nécessaires.
Déléguez
!
Quand
vous avez complété votre liste, avant même
de passer à l'action, voyez ce que vous pouvez
déléguer à vos employés, à
vos enfants, à votre conjoint, à la gardienne,
à vos collègues et, pourquoi pas, à
votre patron. Ils peuvent peut-être accomplir ces
activités mieux que vous et parfois plus rapidement.
Je sais ! C’est souvent difficile de demander. La
majorité d’entre nous a désappris
très tôt à faire des demandes, sans
doute en raison des quelques milliers de NON reçus
dans notre jeune âge. Mais nous ne sommes plus des
enfants ! Encore faut-il savoir comment demander. Nous
aurons l’occasion d’y revenir.
Arrêtez
de vouloir faire plaisir à tout le monde et à
son père.
Nous
vivons en société et nous devons nécessairement
renoncer à une certaine liberté pour des
gens qui nous sont chers ou qui sont importants. Il faut
donc au départ accepter de leur consacrer du temps,
mais pas tout son temps. Acceptez que vous n'arriverez
jamais à faire plaisir à tous. Même
si la marge de manœuvre vous semble bien étroite,
et elle l'est parfois, la décision finale vous
revient et c'est déjà un grand pas que de
décider d'avoir un peu plus de contrôle sur
votre vie.
Attendez-vous
cependant à ce que les autres réagissent,
surtout si vous les avez habitués à passer
en premier. Par exemple, vous voulez, comme parents, exiger
plus d'aide des enfants dans les tâches ménagères
pour avoir un peu plus de temps pour vous ? Prévoyez
qu’ils vont réagir et surtout acceptez qu'ils
le fassent. Il ne faut pas demander à un roi d'être
content de descendre de son trône...
Le
perfectionnisme
En
raison de la charge de travail qui a bien souvent augmenté,
plusieurs personnes doivent modifier leurs règles
quant à l'accomplissement de certaines activités
au travail. J'ai souvent entendu des perfectionnistes
me dire leur peine de ne pouvoir faire les choses aussi
parfaitement qu'avant. Ces amateurs de la perfection sont
des artistes, selon moi, mais s'ils ne changent pas leurs
critères, s'ils ne lâchent pas prise, ils
s'organisent pour être malheureux comme les pierres
du chemin.
C'est
la même chose au niveau de notre temps personnel.
Que de gens ont commencé à écrire
un poème, un roman, une chanson, et ont abandonné
après avoir réécrit la première
phrase une vingtaine de fois! Évaluez les secteurs
de votre vie où il est important d'être perfectionniste
et ceux où ça l'est moins. Plier un drap
ou faire le ménage devrait exiger moins que d'écrire
un curriculum vitae pour un emploi, si vous comprenez
ce que je veux dire.
Les
tâches écrasantes
La
plupart des gens n'abordent pas les tâches qu'ils
ne pensent pas pouvoir terminer, même si ce sont
des tâches prioritaires. En effet, certaines de
nos priorités sont tellement écrasantes
qu'on préfère les remettre à plus
tard, et faire plutôt des tâches secondaires
qu'on est sûr de mener à terme. Par exemple,
si ma priorité est de repeindre la maison, et que
j'ai besoin de peinture et de pinceaux, je peux sortir
pour aller chez le quincailler et, en me rendant compte
que mon atelier est un peu à l’envers, décider
plutôt de le ranger. Alors que cette tâche
secondaire aurait très bien pu être faite
une autre fois, j'ai passé une bonne partie de
mon samedi après-midi là-dessus, pour finalement
me dire qu'il ne me reste plus suffisamment de temps pour
me mettre à la peinture. Classique, n'est-ce pas!
C’est
la même chose quand on s’installe à
son ordinateur pour travailler sur un dossier important
et qu’on se mette plutôt à faire le
ménage des dossiers et documents qui traînent
sur son bureau virtuel.
Dans
le fond, l'être humain aime le sentiment qu'il éprouve
lorsqu'il réussit, et c'est plus facile de réussir
à ranger mes tournevis que d'entreprendre la peinture
qui m'apparaît comme une montagne.
La
meilleure façon d'y faire face consiste à
morceler la tâche en plusieurs parties, au lieu
d'en faire un tout. Si donc vous voulez repeindre la maison
au complet et que le découragement vous prend,
commencez par faire un plan, avec la liste de toutes les
activités que cela implique. Faites ensuite un
échéancier et commencez par les activités
les plus faciles (acheter les pinceaux, la peinture).
Vaut mieux réussir à faire une petite activité
en rapport avec vos objectifs principaux (vos -A-), que
de faire une activité secondaire (-B-). Apprenez
aussi à vous récompenser après chaque
étape importante, au lieu de vous critiquer pour
tout ce qui reste à accomplir.
Arrêter d'avoir peur.
C'est souvent la peur qui nous empêche d'aborder
des tâches importantes qui nous permettraient d'atteindre
nos buts. Peur de la réaction des autres, peur
du changement, peur des implications, peur de réussir,
peur d'échouer, peur de l'inconnu... Si c'est votre
cas, commencez par prendre conscience de cette peur, n'essayez
pas de la nier.
Une
bonne façon de contenir sa peur, c'est d'aller
dans le même sens qu'elle, de ne pas y résister
(comme dans certains arts martiaux), d'imaginer le pire
qui pourrait arriver, de dramatiser, de grossir cette
peur jusqu'à la catastrophe, jusqu'au point où
vous n'aurez d'autre choix que de remonter à la
surface.
Perdre
son temps ?
En
terminant, ne vous sentez pas coupable si vous n’arrivez
pas à gérer parfaitement votre temps. D’abord,
parce que la culpabilité est inutile. Vous avez
fait un choix, assumez-le et c’est tout. En plus,
la gestion du temps n’est qu’un moyen, pas
un but. L’objectif n’est pas de gérer
parfaitement son temps, mais de tendre à faire
ce qui va vous rendre plus heureux.
Ensuite,
parce que l’oisiveté est parfois le meilleur
usage qu’on peut faire de son temps. C’est
souvent dans ces moments de temps perdu qu’on se
retrouve, qu’on retrouve les autres, que la créativité
se manifeste et que de nouvelles idées nous viennent,
qu’on savoure la vie qui passe, qu’on apprécie
à sa juste valeur la richesse d’avoir du
temps et qu’on réalise pleinement que le
temps est bien plus important que l’argent. Comme
le disait Bossuet : « Et si le bonheur n’était
qu’une bonne heure. »
Pour
aller plus loin
Pour
entretenir vos bonnes intentions, vous supporter et vous
aider à aller plus loin dans la gestion de votre
temps, vous avez à votre disposition de nombreuses
ressources. Vous pouvez commencer par faire un crochet
à votre librairie ou à la bibliothèque
de votre quartier pour vérifier les ouvrages qui
traitent de la gestion du temps. Vous pouvez aussi consulter
la programmation des cours aux adultes près de
chez-vous, celle des cours socioculturels de votre ville
ou vous informer auprès du YWCA ou du YMCA de votre
région. Soyez certain que le peu de temps que vous
investirez dans cette gestion de votre temps en vaut la
chandelle.
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Voir aussi Le
difficile équilibre disponible sur notre site
internet.