L’attrait
d’une vie plus simple
Par
Marie
Bérubé et Marc
Vachon
L'été
est à nos portes et les vacances approchent pour
la majorité d'entre nous, avec la perspective d'un
peu plus de temps à soi pour le plaisir, les voyages,
les amis, le bricolage et, pourquoi pas, pour s'offrir
une petite réflexion sur nos valeurs, bien allongé
dans sa chaise longue, la tête au frais et les oreilles
au repos.

Depuis
une vingtaine d’années environ, les changements
dans la société, qui ont eu les répercussions
que l'on sait sur le monde du travail, ont amené
plusieurs d’entre nous à se redéfinir
par rapport à ce travail, à l’argent,
à la famille, au temps (à notre temps individuel)
qui, inexorablement, se rétrécit au fur
et à mesure de son écoulement. La société
des loisirs n’a pas eu lieu, les promesses d’un
confort matériel en corrélation avec le
nombre d’années passées au travail
non plus. Nombreux sont ceux qui font le deuil de leurs
illusions! Le stress, l’endettement individuel et
collectif ainsi que la course à l'excellence et
à la performance ont parfois eu raison de notre
résistance physique et psychologique.
Le
manque de sens relié à notre activité
frénétique en a amené plusieurs à
se poser des questions importantes, à initier des
changements dont parfois ils n’avaient pas le choix,
à choisir des avenues allant davantage dans le
sens de leurs valeurs. Ce qui a pu un moment ressembler
à un choix isolé est devenu tranquillement
beaucoup plus qu’une mode, mais bien une tendance
profonde. Avoir une vie qu’on aime peut ne pas passer
par l’argent, la consommation et la performance
à tout crin.
UNE
PRISE DE CONSCIENCE
Prendre
conscience de ses insatisfactions peut venir d’un
choix personnel, mais aussi des circonstances extérieures
qui nous ont forcés ou du moins donné l’opportunité
de changer nos croyances et d’ajuster nos comportements
à nos valeurs profondes. Ce qui est en train de
devenir un courant de fond a aussi une cause profonde
qui est également collective. De nouvelles valeurs
émergent. Nous voulons vivre autrement, mesurer
le succès à une aune autre que l’argent
ou le travail. Bon gré mal gré, de plus
en plus d’individus cherchent à simplifier
leur vie et parfois, étonnamment, avec bonheur!
Le
climat économique morose, les pertes massives d’emploi,
la surcharge de travail, le stress généré
par les mutations profondes au niveau de l’emploi,
les dettes, la course effrénée pour combiner
adroitement le bureau, la famille, les réunions
diverses, les courses, les travaux ménagers, les
rendez-vous, en amènent plus d’un et d’une
à constater parfois le manque de sens de nos existences.
Les croyances dans l’amélioration de sa condition
financière ne se réalisent malheureusement
pas toujours et parfois ont fait long feu.
Cette
prise de conscience que les années qui restent
à vivre pourraient étrangement ressembler
à celles qui sont derrière conduit souvent
à souhaiter vivre différemment, et ce avec
un sentiment d’urgence. En effet, il n’est
pas rare que la performance extrême soit acquise
au détriment de ce à quoi nous attachons
consciemment le plus de prix: la santé, le couple,
la famille, les amis.
QUELQUES
QUESTIONS INTÉRESSANTES
Pourquoi
l’argent et ce qu’il procure exercent-ils
tant de fascination dans nos vies? Il arrive en effet
que l’on confonde la valeur d’une personne
à la profession qu’elle exerce et sa réussite
au salaire qu’elle gagne et inversement. Puis, il
arrive aussi que progressivement, avec le temps, une carrière
commencée dans la passion et l’enthousiasme
ne devienne qu’un simple gagne-pain. On réalise
alors qu’il est très facile de perdre sa
vie à vouloir la gagner, comme dit la chanson.
Et surtout, que l’on choisit de moins en moins sa
façon de vivre.
Pourquoi
certains choisissent-ils de gagner moins d’argent?
Pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux à se
tourner vers la simplicité, à réduire
volontairement leur train de vie, à consommer moins,
à tourner le dos aux semaines de 35 heures et plus
de travail? La réflexion qui les poussent à
changer leurs valeurs ou à y retourner, repose
sur la conviction que la vie devrait laisser aux gens
un peu de temps pour la vivre à leur goût.
Ce
réveil peut être fort douloureux. Il faut
faire le deuil de certaines croyances, reconsidérer
son rapport à l’argent, au travail et identifier
ses valeurs. De plus en plus de gens redécouvrent
les plaisirs de faire eux-mêmes plutôt que
de payer quelqu’un pour le faire, de prendre du
temps avec les enfants, le conjoint, la famille, de recevoir
chex eux plutôt qu’au restaurant, de s’entraider
ou même de faire de la maison leur lieu de travail
ou tout simplement d’avoir du temps pour eux-mêmes.
Certains s’éloigneront des grands centres
pour gagner en simplicité, voire en frugalité
et ils s’en portent mieux. Ils contactent enfin
une richesse différente de l’argent: le temps.
Ils réalisent que la société de consommation
est davantage une servitude qu’une libération.
Par
ailleurs, l'avancement des technologies de l'informatique
et des télécommunications et la baisse constante
des prix de ces technologies permettent maintenant de
rester en contact et de travailler efficacement à
distance. De plus en plus d'employeurs permettent le télétravail,
seule façon parfois de garder à leur emploi
du personnel talentueux qui, autrement, serait perdu pour
eux.
CONNAIS-TOI
TOI-MÊME
Avoir
une vie qu’on aime est sans doute une démarche
difficile, car elle est à contre-courant de tout
ce que l’on a appris et aussi de ce que plusieurs
de nos relations croient. L’argent, sans que l’on
s’en rende compte, exerce un grand pouvoir sur nous.
Mais ce qu’il nous offre est un ersatz de sécurité.
Il ne nous protège pas des épreuves de la
maladie, des deuils. L’abri qu’il nous offre
est précaire en réalité, car il est
courant d’observer que les gens très riches
peuvent avoir des soucis d’argent, que leurs inquiétudes
sont proportionnelles à leurs revenus et qu’ils
ne se disent pas plus heureux que les moins bien nantis.
Il
faut malgré tout être très sûr
de soi et de ses valeurs pour poser les gestes qui iront
dans le sens de ces dernières. Travailler moins,
c’est nécessairement gagner moins, consommer
moins et dépenser moins. L’image projetée
ne pourra plus être la même. Il faudra également
tolérer le septicisme des autres, et résister
à leurs pressions à la conformité.
Mieux situer l’argent dans son échelle de
valeur laisse la place pour investir ses énergies
dans ce qui a un sens pour nous (Voir l'encadré
D'abord se connaître).
Le
mouvement auquel nous assistons ou auquel nous participons
est peut-être encore marginal, mais il n’en
est pas moins croissant et profond, qu’il ait été
initié par la nécessité ou par un
choix. Il semble que notre société occidentale
voit son niveau de vie se stabiliser et même décroître.
Par ailleurs, le nombre d’exclus économiques
est de plus en plus grand, dans toutes les sociétés.
Nous
sommes un peu forcés par les événements
à nous questionner et à réagir. Nous
avons le choix: augmenter les revenus, diminuer les dépenses
ou nous endetter toujours plus avec les conséquences
reliées à chacune de ces options. Des questions
comme l’indépendance financière, la
richesse, la qualité de notre vie, de nos relations
amicales, amoureuses et familiales, notre santé
et celle de l’environnement, notre vie spirituelle
y sont intimement reliées. Des questions aussi
sur la valorisation retirée du travail, la contribution
à la société, le plaisir et le bonheur.
Avoir
une vie qu’on aime passe par cette réflexion,
ce questionnement, des décisions qui nous conviennent,
des gestes et des risques allant dans le sens de nos décisions.
Le titre fort évocateur d’un article, paru
ailleurs en 1991, résonne toujours à nos
oreilles comme un leitmotiv, un slogan et une invitation
au plaisir de profiter le plus possible de la vie: L’appel
de la véranda...
Références: